Burundi: l'icône du tambour sacré tire sa révérence

Posted on September 27, 2017 21:38:20 Filed in Cultures & Evenements


   
Antime Baransakaje et sa troupe

A 82 ans, Antime Baransakajeest mort après plusieurs jours d'hospitalisation.Il est à l'origine de l'inscription du tambour sacré au patrimoine de l'Unesco.

Antime Baransakaje est originaire de la localité de Gishora en commune Giheta de la province Gitega, au centre du Burundi. D'un père tambourinaire, d'un entourage de tambourinaires, Antime Baransakaje a commencé à battre le tambour dès son jeune âge dit–il. Imitant les adultes ; il a fini par devenir dirigeant du groupe historique des tambourinaires de Gishora.

Le tambour burundais agrémente différentes fêtes. Sous la monarchie, le tambour était battu pour marquer le début d'une fête nationale appelée « Umuganuro » (début des semences).

Au fil des années avec l'avènement de la République à partir de 1966, le tambour était battu lors des cérémonies de mariages, ce qui a irrité Baransakaje. « Pas question de le battre pour les mariés, ça n'a jamais été ainsi ; même le roi n'en jouissait pas. » Plus tard, le tambour était battu par des femmes. « Jamais au grand jamais, une femme ne peut le faire car, insiste Baransakaje, le tambour a des organes comme ceux d'une femme. »

Un parcours glorieux

Jadis petit tambourinaire, il est devenu au fil du temps, un voyageur infatigable. De l'Afrique à l'Europe, de l'Europe à l'Asie, le tambour lui aura fait découvrir de nombreux horizons, grâce à ses percussions. Avec son groupe, Baransakaje a parcouru le monde, à la grande satisfaction des différents publics.

Apres plusieurs jours d'hospitalisation suite à un accident en moto survenu près de chez lui à Giheta, il quitte ce monde. Il aura réalisé son rêve : faire connaitre le Burundi sur le plan international.

En date du 27 novembre 2014, l'UNESCO, inscrit le tambour burundais au patrimoine culturel mondial. Lors de la signature, Antime Baransakaje était présent au siège à Paris.

Un peu plus tôt au mois de janvier de la même année, Antime Baransakaje avait reçu le prix du Bon citoyen de la part du FOCODE (Forum pour la conscience et le Développement). Un prix décerné à un citoyen qui se dévoue au service du pays et qui peut servir d'exemples aux nouvelles générations.

Une grande perte

Julien Manirambona d'une trentaine d'année, lui-même tambourinaire de Gishora indique que lui et ses compagnons deviennent des orphelins. « Qu'allons–nous devenir sans lui ? Lui qui nous a tant appris, lui qui nous a fait découvrir le monde. » Puis amère il ajoute : « Antime Baranshakaje était malade depuis plusieurs semaines. Il s'est cassé une jambe. Notre vieux a manqué de moyens pour se faire soigner à l'étranger. Pourquoi, alors qu'il a servi le pays ? »

L'indignation est partagée par le fils de Baransakaje qui avait confié après quelques jours d''hospitalisation de son père, qu'une prothèse s'élève à plus de 15 millions de Fbu (environ 9000 euros) en Inde ou au Kenya. « On ne pourrait pas avoir cette somme, même si on vendait tous nos biens, » déplorait-il.

L'icône du tambour sacré du Burundi est mort dans l'indifférence et l'oubli.



Comment...





No comments yet.

More Stories on AfricaVoice