Cameroun- Crise anglophone : Le clergé demande l'arrêt du génocide et annonce un journée de deuil pour le 14 octobre

Posted on October 9, 2017 00:10:15 Filed in Cameroun


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Nous condamnons la barbarie et l'usage irresponsable d'armes à feu contre les civils non armés par les Forces de défense et de sécurité, même en réaction à des provocations » ont dénoncé les évêques des régions anglophones du Cameroun, qui ont par la même confirmé des informations faisant état de ce que des chrétiens avaient été ciblés par des gaz lacrymogènes au sortir de la messe, « pourchassés dans leurs maisons, certains arrêtés, d'autres mutilés, tandis que d'autres encore - dont des adolescents sans défense et des personnes âgées - ont été tués par des tirs, notamment depuis des hélicoptères ».

Mercredi, les évêques de la province épiscopale de Bamenda ont condamné la violence dans les régions anglophones du Cameroun et accusé les forces de défense et de sécurité d'avoir châtié, inhumainement - même dans des situations de riposte -, les manifestants des 22 septembre et 01er octobre. Ils ont parlé de nombreux jeunes torturés et tués, de certains autres qui ont été arrêtés (y compris dans des domiciles privés) et sont, jusqu'à présent portés disparus, sans oublier les personnes tuées lors de ces événements, et dont les corps ont été dissimulés.

Ce sont des évêques anglophones particulièrement remontés contre le pourrissement de la situation en zones anglophones du fait non seulement des manifestations pacifiques qui finissent par dégénérer en actes de vandalisme mais aussi de la répression sauvage desdites manifestations par les forces de défense, qui sont montés au créneau mercredi sous l'égide de la province épiscopale de Bamenda.

Comme l'ensemble de la communauté nationale –à l'exception des partisans du pouvoir, francophones et anglophones confondus- le clergé catholique anglophone aura été profondément marqué non seulement par les actes de vandalismes perpétrés par les manifestants sur les biens publics en réponse à la détermination du pouvoir de circonscrire le mouvement sécessionniste et de museler les tenants de la cause anglophone, mais aussi par la répression sanglante des manifestations en zones anglophones.

S'ils condamnent « sans équivoque », les actes de violence commis par des manifestants, notamment des groupes de jeunes, les dignitaires de l'église s'appesantisssent davantage sur l'extrême dureté de la répression par les forces de défense et de sécurité des manifestations du 22 septembre et du 01er octobre dans le Nord-ouest et le Sud-ouest.

Des chrétiens sortant du culte attaqués et brutalisés  par les forces de répression alors qu'ils ne prenaient pas part aux manifestations

 
Manifestations anglophones le 1er octobre 2017.

De leur déclaration, on retient que l'épiscopat dans les régions anglophones a été  vivement offusqué  par le fait que des chrétiens aient aussi été victimes des représailles alors qu'ils ne participaient pas aux manifestations  du dimanche 01er octobre.

En effet, selon des témoignages corroborés par l'archevêque de Bamenda une rencontre entre le gouverneur du Nord-Ouest et celui-ci avant le 1er octobre, avait débouché sur l'accord selon lequel les mesures de restrictions de la circulation dans les différentes localités de la région n'allaient pas avoir d'incidence sur les services religieux. Une note de service aurait même été signée dans ce sens par le représentant du gouvernement dans la région du Nord-ouest.  Mais à la grande surprise de tous, les militaires, nombreux dans les rues ont dissuadé les chrétiens de se rendre aux différents lieux de culte le 1er octobre, et ceux qui ont osé les braver ont été molestés. Pis, ceux qui avaient réussi à contourner flics, pandores et malabars pour joindre les églises, ont été attaqués, brutalisés et "arrosés" de gaz lacrymogène à la sortie de l'église.

Choqués par ces affrontements qui de sources officielles auraient fait un peu plus d'une dizaine de morts, et près de deux cents selon des sources non officielles qui affirment que des dizaines de corps continuent d'être découverts dans la brousse ou déplorent des dizaines de disparitions,  les évêques de Kumbo, Bamenda (région du Nord-ouest) Mamfé, Buea, Kumba (région du Sud-ouest)  dénoncent ce qui commence à prendre les allures d'un génocide. Même s'il est vrai qu'ici il ne s'agit pas ici d'une communauté –les francophones- liguée contre une autre –les anglophones- comme le laisse croire une certaine opinion anglophone extrémiste, du reste minoritaire, mais d'un pouvoir qui justifie sa barbarie par la volonté de préserver par la force l'intégrité du territoire camerounais et l'unité nationale, contre des Camerounais qui donnent à leur tour l'impression de céder plus au discours séparatiste propagé par certains leaders anglophones qui se sont mis à l'abri hors du pays, qu'à la raison qui voudrait que tous les Camerounais soient unis, pour faire face à un système politique impopulaire et dictatorial dont les animateurs se recrutent autant chez les francophones que chez les anglophones.   

Sus au cynisme !

L'inconséquence des autorités de Yaoundé n'a pas échappé aux évêques qui ont dénoncé le cynisme ayant consisté pour le parti au pouvoir et ses satellites à organiser dans la capitale le 1er octobre des manifestations pour célébrer la Réunification, alors que des anglophones se faisaient massacrer dans leurs régions natales, sans que le pouvoir qui refuse toute négociation sur la forme de l'Etat daigne même évoquer, ne serait-ce que pour des raisons d'apaisement, l'éventualité d'une négociation sur le retour à l'Etat fédéral consacré justement par cette réunification.

Raison de plus pour que les évêques membres de la Conférence Episcopale de Bamenda dénoncent la "moquerie" et la "discrimination" du pouvoir dont les forces de sécurité ne font la démonstration de leur force que lorsqu'il faut opprimer les anglophones qui « sont désormais persécutés », même ceux installés dans les villes francophones.

Selon les hommes de Dieu, qualifier de « terroristes » certains Camerounais anglophones  comme le font des officiels (à l'instar de l'incendiaire ministre de la Communication, Issa Tchiroma, ndlr) est « une manière subtile d'appeler à ce qu'on peut décrire comme une "épuration ethnique" ou un "génocide" puisque tous les anglophones sont désormais considérés comme terroristes et en tant que tels, peuvent être éliminés ».

« Nous devons arrêter ce génocide imminent », ont martelé les évêques qui pensent que si l'Etat ne se reprend pas et n'agit pas de manière conséquente (libération de  tous les prisonniers anglophones, restitution des corps des manifestants tués à leurs familles, démilitarisation des régions anglophones, cessation de la propagande et de la propagation d'informations visant à minimiser le problème anglophone), le pays va droit vers un génocide.

Pour terminer les évêques font savoir que la situation actuelle aurait pu être évitée, si les autorités avaient fait preuve de réceptivité par rapport aux propositions qu'ils avaient faites en décembre 2016, à l'intention du président Biya qui ne daigna même pas répondre à leur demande d'audience, et invitent les chrétiens à prier constam ment, jusqu'au 14 octobre, date prévue par l'église catholique dans les régions anglophones pour observer une journée de deuil pour les morts des 22 septembre et 1er octobre 2017 et leurs familles.

Ndam Njoya Nzoméné



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