Coup d'Etat de 2015 au Burkina : L'implication de Ouattara de plus en plus évidente

Posted on October 10, 2017 00:50:30 Filed in Actualites


L'implication du  pouvoir ivoirien dans le coup d'État qui a ébranlé les institutions de la transition en septembre 2015 au Burkina Faso pourrait ne plus faire l'objet de doutes. C'est la conclusion à laquelle est arrivé Mediapart, sur la base de larges extraits de l'ordonnance de renvoi rédigée par le juge d'instruction François Yaméogo chargé du dossier des putschistes du 19 septembre 2019 au Burkina Faso. Il suffit de mettre bout à bout certains copinages et ramifications révélés par les putschistes arrêtés depuis lors, pour s'en rendre compte.

Selon Mediapart qui a obtenu de larges extraits de l'ordonnance du juge burkinabé, « le procès qui devrait suivre risque de jeter un froid glacial entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire », car « Plusieurs passages de cette ordonnance (un pavé de 376 pages) détaillent en effet l'implication directe de plusieurs hautes autorités de l'État ivoirien durant les heures les plus chaudes du coup d'État ».

Le média français en ligne affirme que le 21 juillet, le magistrat a clos ses investigations et rendu son "ordonnance de non-lieu, de non-lieu partiel, de requalification et de transmission des pièces au président de la Chambre de contrôle de l'instruction", et que L'audience de confirmation des charges, qui devait se dérouler le 6 octobre, pour confirmer ou infirmer les charges retenues contre le général Gilbert Diendéré (attentat à la sûreté de l'État, trahison, association de malfaiteurs, crimes contre l'humanité, etc.) ainsi que contre 106 autres inculpés, civils ou militaires, a été repoussée au 25 octobre, à la demande des avocats. 

Sur le volet concernant l'implication du régime ivoirien, on apprend que l'instruction fait état des accointances du Général Vagondo Diomandé, chef d'état-major particulier d'Alassane Ouattara depuis 2011, avec le général Diendéré, qui avait été désigné par les putschistes du 19 septembre pour diriger la junte.

Le nom du Général Vagondo Diomandé  apparaît à la page 123 de l'ordonnance, dans un long passage résumant les déclarations du général Diendéré,  qui  « reconnaît avoir ordonné [une] mission de récupération [de] matériel et [de] fonds à la frontière ivoirienne », et affirme avoir contacté pour cela « le Chef d'État-major Particulier de la Présidence de la Côte d'Ivoire ….

C'est ici qu'apparait l'implication directe d'Alassane Ouattara dans le coup d'État au Burkina, entendu que son chef d'état-major particulier ne pouvait pas apporter son concours matériel et financier à des putschistes d'un autre pays sans son autorisation, qui plus est, Diomandé est un homme de confiance de très longue date de Ouattara dont il fut l'aide de camp au début des années 1990, quand l'actuel président était premier ministre sous Houphouet. Il a été  rappelé à ses côtés fin 2013 et puis promu au grade de Général de division en décembre 2016, au nom de cette confiance qui caractérise leurs relations.  Il ne se permettrait donc pas de prendre des initiatives aussi délicates -que de soutenir des putschistes-  qui pourraient mettre son patron en difficulté, sans prévenir ce dernier.

En tout cas, sous les coups de boutoir de l'instruction, Dienderé est passé à table, déclarant avoir reçu « 84 millions de francs CFA [environ 128 000 euros – ndlr] en s'adressant au Général Diomandé », le chef d'état-major particulier de Ouattara. Et s'il précise qu'« il ne sait pas si ces fonds provenait (sic) du Président Ivoirien ». il révèle tout de même que l'argent envoyé par Diomandé aurait servi à payer les hommes du RSP et qu'il ne s'agissait pas d'une récompense, mais d'un simple soutien financier visant à soulager les familles des militaires.

Un autre chef du RSP, le commandant Abdoul Aziz Korogo –pour ne pas le nommer- , ex-chef de corps du régiment (qui a bénéficié d'un non-lieu), révèle encore Mediapart, corroboré par Koaci.com,  affirme avoir contacté Diomandé. Il a ainsi  admis entretenir des relations amicales avec le général ivoirien et lui avoir demandé, au plus fort de la tempête, une aide financière en vue d'une éventuelle évacuation de sa famille en Côte d'Ivoire. Selon lui, Diomandé lui aurait répondu favorablement, en lui demandant « de trouver un répondant sur place en Côte d'Ivoire » pour « la remise de son soutien ».

A partir de ces quelques éléments, il est inutile de chercher de midi à quatorze, à moins que le Général Diomandé veuille descendre dans l'arène judiciaire ou au moins médiatique, pour faire mentir ses amis burkinabé qui font aujourd'hui face à la justice de leur pays, ou dégager la responsabilité de son patron, pour endosser seul les faits de complicité d'attentat à la sûreté de l'État, trahison, association de malfaiteurs, crimes contre l'humanité… dans un pays étranger.
 
Bref rappel des faits
Le 16 septembre 2015, près de 11 mois après la chute du régime de Blaise Compaoré et la fuite du couple présidentiel en Côte d'Ivoire où il est accueilli  à bras ouvert par Alassane Ouattara qui doit à Compaoré de l'avoir soutenu de façon multiforme dans la déstabilisation de la Côte d'Ivoire et le renversement de Laurent gbagbo. Les Burkinabè s'apprêtent à élire leur nouveau président dans un contexte tendu : plusieurs personnalités et partis liés à l'ancien régime ont été exclus du processus électoral, ce qu'ils n'acceptent pas ; et le gouvernement de transition envisage de dissoudre le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), une armée dans l'armée constituée de fidèles de Compaoré et patronnée par le général Diendéré, qui fut son chef d'état-major particulier tout au long de ses 27 années de règne.

Natondi K.



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