Renonciation à la présidentielle du 26 octobre au Kenya : le dernier coup de théâtre d'Odinga

Posted on October 11, 2017 15:07:14 Filed in Actualites


Tirant les leçons du peu de disposition du candidat président sortant Uhuru Kenyatta à jouer franc-jeu à l'occasion de la reprise de l'élection présidentielle, l'opposant historique Raila Odinga à la tête de la coalition National Super Alliance (NASA), a décidé mardi de jeter l'éponge en se retirant de la compétition programmée pour le 26 octobre.

Cette décision était prévisible en raison de la mainmise des plus indiscutables du président Kenyatta sur la commission électorale dite indépendante, dont la conduite partiale et presque partisane du scrutin du 08 août dernier avait été sévèrement condamnée par la Cour Suprême dans sa décision du 1er septembre annulant l'élection du 08 août qui donnaient M. Kenyatta vainqueur avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga.

La preuve depuis l'invalidation du scrutin, l'opposition s'était presque résignée à ne pas battre campagne, menaçant plutôt de boycotter l'élection si  ses exigences au moins de remaniement de la direction de la Commission électorale n'étaient pas satisfaites. Mi-septembre, il avait désigné nommément 12 cadres de ladite Commission qui devaient en être limogés puis emprisonnées  pour leurs responsabilités dans les irrégularités dénoncées dans le scrutin du 08 août, nons sans les accuser d'avoir « porté atteinte à la volonté souveraine du peuple ».

« Tenant compte des intérêts du peuple du Kenya, de la région et du monde, nous pensons que l'intérêt de tous sera mieux servi par l'abandon de la candidature présidentielle (la sienne, ndlr) à l'élection prévue le 26 octobre 2017 », a déclaré M. Odinga lors d'une conférence de presse qu'il a donnée hier à Nairobi pour mettre à exécution la menace de boycott.

Selon Odinga et la NASA, la Commission électorale kényane (IEBC) n'a opéré aucune réforme pour éviter que ne se reproduisent le 26 octobre les fraudes constatées lors du vote annulé.

« Nous sommes arrivés à la conclusion que l'IEBC n'a pas l'intention d'entreprendre les changements au niveau de ses opérations et de son personnel pour garantir que les illégalités et irrégularités qui ont conduit à l'invalidation du scrutin du 8 août ne se reproduisent pas… Tout indique que l'élection prévue le 26 octobre sera pire que la précédente », a fait savoir monsieur Odinga, pour qui le retrait du candidat de la NASA implique que l'élection du 26 octobre doit être "annulée" et qu'un nouveau processus électoral doit être organisé à une date ultérieure.

Une décision diversement appréciée

Si cette décision est comprise par de nombreux observateurs, elle est cependant mal appréciée par l'homme de la rue en Afrique au regard des témoignages recueillis par Cameroonvoice depuis mardi.

Ici on affirme dans la majorité des cas qu'il s'agit d'une saute d'humeur d'un politicien sénile et capricieux, pour qui le sacrifice d'au moins une cinquantaine de vies humaines ne semble pas compter, puisqu'il vient  de passer par pertes et profits ses partisans tombés sous les balles de la police et de l'armée fidèles à son adversaire Kenyatta parce qu'ils revendiquaient la victoire d'Odinga.


Une réaction amère qui se justifie d'autant plus que dans un rapport de 262 pages, Commission nationale kényane des droits de l'Homme (KNCHR) instituée par la Constitution kényane, a révélé en début de semaine que les droits de l'Homme avaient été gravement violés après le scrutin du 08 août, et que les forces de l'ordre avaient fait un usage excessif de la force, tuant 35 personnes dans les fiefs de Raila Odinga entre le 09 et le 15 août, tandis que des "agressions perpétrées par des civils" avaient entraîné deux des 37 décès de la même période. Or le nombre de tués ne s'est pas arrêté, là, puisque par la suite, des manifestations organisées par l'opposition ont été soldées par des morts et de nombreux blessés graves.

Par ailleurs, sachant combien le président sortant tient à sa réélection comme à la prunelle de ses yeux, rien n'indique qu'à une quinzaine de jours du prochain scrutin, il va se ranger à l'idée de la reporter comme semble le penser Odinga en déclarant forfait. A moins que la Cour Suprême  intervienne pour le contrarier. Mais sur la base de quel argument juridique ?

La preuve en est que mardi, les députés du parti au pouvoir discutaient des amendements proposés aux lois électorales, qui prévoyaient que si un candidat boycottait une élection, le candidat restant gagnait automatiquement. L'opposition avait également boycotté cette session, laissant ainsi à leurs adversaires les coudées franches pour perpétrer un coup d'Etat préparé justement dans la perspective d'une renonciation de raila Odinga à participer aux élections du 26 octobre.

 
Des électeurs kényans patientent pour voter, le 8 août 2017 dans le centre-ville de Nairobi (photo d'illustration). © REUTERS/Thomas Mukoya

En revanche, le camp Odinga a plutôt appelé les populations à descendre dans la rue ce mercredi : « A partir de demain, ont déclaré mardi, il y aura une série de manifestations à travers tout le pays. Demain, nous organisons des manifestations… Ces manifestations auront pour devise : 'Pas de réforme, pas d'élections'. Ici à Naibori, ça commencera par un rassemblement. Nous marcherons avant d'aller terminer à la tour de l'ennemi ». Reste à savoir si les kényans seraient assez naïfs pour aller se faire massacrer par l'armée d'un régime qui est prêt à les décimer pour garder sa position, dans le seul but de satisfaire l'égo d'un homme politique qui pense que la démission est une stratégie politique efficace.

Ndam Njoya Nzoméné



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