Cameroun- Crise anglophone : L'Ambazonie rend public son gouvernement… de guerre (?)

Posted on November 25, 2017 12:01:54 Filed in Cameroun



Sissiku Ayuk Tabe, "président ambazonien".

Un gouvernement constitué de sept départements, comme le prévoyait l'une des résolutions adoptée à l'issue du conclave tenu du 27 au 31 octobre dernier –dans un pays inconnu- par les sécessionnistes du Southern Cameroon. Mais seulement six portefeuilles pourvus en titulaires : Six Secrétaires d'Etat et six sous-Secrétaires d'Etat. Ainsi se résume la structure gouvernementale de ce pays fantôme, tel qu'il a été rendu public vendredi par son "président" intérimaire, Sissiku Julius Ayuk Tabe.

Comme pour montrer que ce pays (en gestation ?) a pour préoccupation essentielle d'asseoir son existence dans l'opinion internationale, de même qu'il n'entend pas, nonobstant l'hostilité belliqueuse –à la limite du bellicisme- du gouvernement camerounais qui entend user de tous les moyens pour  empêcher l'Etat d'Ambazonie de voir le jour, le gouvernement dont les noms des membres vient d'être publié fait l'objet d'une grande symbolique, en ce sens qu'il semble accorder une priorité, voire une primauté induisant préséance protocolaire, à la diplomatie.

Le ministre (ou Secrétaire d'Etat) aux Affaires Etrangères figure en tête des membres de ce gouvernement, et a pour titulaire la seule personnalité véritablement connue de longue date au Cameroun, en la personne du Professeur Carlson Anyangwe, un des pères fondateurs du SDF, principal parti de l'opposition camerounaise dont il s'est éloigné depuis en raison de ses réticences affichées quant à l'opportunité d'une sécession, et dont on dit d'ailleurs qu'il trouva la dénomination alors que le Cameroun n'était même pas encore ouvert au pluralisme politique.

Cet ancien enseignant de Sciences Juridique des universités camerounaises, qui a aussi enseigné dans d'autres pays dont la Zambie, auteur de l'ouvrage "Introduction aux droits de l'homme et au droit international humanitaire" (publié en 2004), fut même à la tête  de la "République d'Ambazonie" à l'issue de la réunion du Southern cameroon national Council (Scnc) du 25 novembre 2007 à Johannesburg en Afrique du Sud. Trois ans plus tôt, du 1er au 16 juin 2004 à Banjul en Gambie, Carlson Anyangwe, qui est également avocat, avait plaidé avec succès la cause du Cameroun anglophone devant la Commission africaine des droits de l'homme, amenant cette institution à déclarer recevable la requête en séparation du Scnc, soumise à son appréciation au cours de la 32e session ordinaire tenue du 5 au 9 mai 2003 à Niamey au Niger, sur le différend l'opposant à l'Etat du Cameroun. Le Professeur-avocat avait alors fait valoir que "la réunification de 1961 ne prévoyait pas l'annexion d'un Etat par l'autre", et que par conséquent, les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, d'une superficie totale de 42.383 km2, avaient vocation à recouvrer leur autonomie.

On est d'autant plus conforté dans l'idée que le "gouvernement" ambazonien semble accorder la priorité à la diplomatie que s'il comporte en son sein un portefeuille de la Défense et de la Sécurité Intérieure (deuxième ministère sur la liste), celui-ci n'a pas été pourvu en titulaire.

Bien plus, la formation du gouvernement qui va accompagner monsieur Ayuk Tabe dans la gestion des affaires de la "République Fédérale d'Ambazonie" a été faite simultanément à la nomination des "Ambassadeurs".   Il s'agit de 7 "Ambassadeurs" qui vont porter la voix de l'Ambazonie", beaucoup plus auprès d'organisations internationales qu'auprès des gouvernements étrangers : Union Africaine et pays d'Afrique, - pays membres de la SADC (Afrique australe),
ONU et pays d'Amérique, Royaume Uni, Scandinavie et Pays Nordiques, Europe, et enfin, Asie et Moyen-Orient.

Ci-dessous, le premier gouvernement d'Ambazonie


A noter en passant, une petite curiosité. Le « gouvernement » est censé avoir été formé à Buea,  capitale supposée de l'Ambazonie, qui plus est, à la "présidence". Or il est notoirement admis que Sissiku Ayuk tabe réside aux Etats-Unis d'Amérique, et ne peut pas avoir mis les pieds au Cameroun où un mandat d'arrêt a été lancé contre lui et une bonne dizaine au moins de ses collaborateurs.

S'évertuerait-il à ne pas accorder tout le sérieux qu'il faut à une affaire qui a déjà coûté des dizaines, voire des centaines de vies humaines et causé d'importants dégâts matériels, se sont demandés vendredi certains observateurs qui se sont attardés sur ce détail… important.

Ndam Njoya Nzoméné



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