Cameroun : Comment Maroua est passé près d'un bain de sang entre militaires et policiers

Posted on December 8, 2017 10:16:09 Filed in Cameroun


Au commencement de l'algarade qui a donné des sueurs froides le 30 novembre aux populations de la ville de Maroua, était l'injonction de rebrousser chemin faite à un militaire en tenue civile et circulant à moto, par des policiers constituant l'escorte du gouverneur de la région de l'Extrême-Nord.

Les choses ont fini par prendre une tournure tragique dans ce pays où les militaires, même en tenue civile, se croient investis d'un grand pouvoir, sans doute conféré par leur utilisation par le régime pour des actes de répression, de même que les policiers qui eux aussi sont les plus sollicités pour ces actes, se croient au-dessus du respect du citoyen.

En effet, le militaire qui n'a pas compris que des policiers s'arrogent le droit d'empêcher les citoyens de circuler dans une ville qui n'est pas sous Etat d'urgence, ignore l'injonction et veut poursuivre son chemin. Les "chefs" de la police qui n'ont pas l'habitude de laisser des civils discuter leurs ordres se jettent sur lui à bras raccourcis. Les "bérets noirs" qui se jette sur lui croit pouvoir "enrayer" facilement ce délinquant qui ose jouir de son droit de circuler librement quand des policiers ont souverainement décidé d'en disposer autrement.

Mal leur en prend : coups de poings trottent et pleuvent. Les policiers, ont du mal à venir à bout de ce lion en puissance qu'ils ignorent être un élément du bataillon d'Intervention rapide, une unité spéciale de l'armée camerounaise que l'on appelle ici les "nés pour tuer", même si leur redoutable réputation fait beaucoup plus recette dans les milieux des pauvres populations désarmées qui ont souvent le malheur de croiser leur chemin lors des manifestations pacifiques de protestation contre le gouvernement.

Il faudra en tout cas que des policiers viennent en renfort à leurs collègues engagés dans l'algarade s'en mêlent pour que ce civil pas très ordinaire soit neutralisé.

Sur ces entrefaites le "civil" délinquant est reconnu par un autre militaire, chauffeur du chef d'Antenne SEMIL (Sécurité Militaire) de Maroua. C'est lui qui confirme aux policiers enragés qu'ils ont affaire à un "collègue" homme en tenue, le soldat Abdallah Abdoulaye, en service au Bataillon d'intervention rapide (BIR) basé à Maroua-Salak, près de l'aéroport de la capitale régionale de l'Extrême-Nord. Les policiers ne veulent rien entendre, ce d'autant plus que l'un d'eux est blessé, et tiennent absolument embarquer le militaire, menottes aux poings. Nouvelle résistance, nouvelle épreuve de force. Au passage, le policier blessé arme son fusil d'assaut, prêt à dégainer.

Arrive alors le chef d'antenne SEMIL, sans doute avisé par son chauffeur. Leur intervention parvient à calmer les esprits, et le militaire est embarqué pour la SEMIL et non au commissariat  comme le voulaient les flics. Ceux-ci suivent les trois militaires jusqu'à la SEMIL, où le véritable drame a failli se produire. Car au moment où le capitaine Joseph Belinga Etoundi invite les uns et … l'autre à présenter leurs versions respectives des faits qui ont débouché sur la rixe, un officier de police, visiblement courroucé par ce qui ressemble à un hold-up sur fond de solidarité de corps  fait irruption dans le bureau du chef d'antenne,  se saisit du fusil d'assaut armé quelques instants plutôt sur le site ou tout avait commencé, par le policier blessé, et cherche à faire feu. le chef d'antenne Semil a l'heureux réflexe de lui sauter dessus pour le plaquer au sol.

Il faudra l'intervention du commissaire Nguimbous, chef d'unité régionale de la division spéciale du contrôle des services de la police de l'Extrême-Nord, pour que la situation ne dégénère pas entre militaires et policiers dans les locaux de la SEMIL. Finalement, personne n'exposera plus, ses arguments, et le militaire à l'origine de la violente altercation y sera gardé à vue.

Mais militaire en provenance de Maroua rencontré vendredi,  affirme que ce n'est que partie remise, et que ses camarades projettent de faire payer aux policiers dans un futur très proche, le traitement qu'ils ont fait subir à l'un des leurs, il y a une semaine.

Natondi K.



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