"Biya, paresseux, stupide, dictatorial et corrompu n'a jamais montré aucun intérêt pour les affaires du pays...": Interview avec Senfo Tonkam

Posted on December 22, 2017 08:47:01 Filed in Cameroun


Il y a une semaine, Cameroonvoice publiait l'interview en anglais de l'emblématique leader estudiantin camerounais, Benjamin Senfo Tonkam, exilé en Allemagne depuis ce mois de juin 1993 où il réussit à s'exfiltrer du Cameroun, d'abord pour le Nigeria où il retira son son visa pour Hambourg en tant que bénéficiaire d'une bourse de la Fondation de Hambourg pour les persécutés politiques. Nos lecteurs d'expression francophone se sont sentis lésés de ne pouvoir partager les opinions de l'ancien président de la Coordination Nationale des etudiants du Cameroun dont la voix porte encore, notamment au Cameroun et en Afrique, où son action à la tête de l'organisation "SOS Struggle of Students" ou de l'Association des Réfugiés Africains à Hambourg, ne passe pas inaperçue. Nos lecteurs francophones sont donc servis à travers la traduction en Français -grâce aux bons soins de l'auteure de l'interview, notre consoeur Sarraounia Mangou Tete- de cet entretien avec l'ancien leader étudiant exilé et activiste politique, qui permet de redécouvrir un intellectuel droit dans ses bottes, doublé d'un éminent philosophe.


Les thèmes abordés dans cette interview :

1. Le problème anglophone (Existe-t-il un « Problème Anglophone » au Cameroun? Qui est coupable ? Et quelle est la solution ?)

2. La campagne pour l'abolition du Franc CFA (Un bon combat en manque de vrais combattants ? Un exemple symptomatique de la crise du panafricanisme ?)

3. Les querelles politiques au sein des Diasporas Africaines en Occident (La cible de notre lutte doit-elle être les pays occidentaux ou les régimes africains ? Et quelle voie choisir entre Ancestralisme et Modernisme?)

4. La crise du système éducatif africain (Doit-on interdire les universités privées en Afrique ?)

5. La crise du leadership estudiantin en Afrique (La jeunesse africaine a-t-elle trahi sa mission?)

6. L'Afrique face à la présidence de Donald Trump (A quoi l'Afrique doit-elle s'attendre de la part du nouveau président américain ?)



Le problème anglophone

Comme plusieurs autres pays africains, le Cameroun fait face à plusieurs challenges internes graves qui risquent de miner sa stabilité en tant que Nation comme le montre les récents développements dans les parties dites anglophones du Cameroun. Qu'en pensez-vous ? Et quelles solutions pourraient être apportées à ce problème selon vous ?

Tout d'abord, en commençant par les victimes des tueries de Biya et de la répression dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays ainsi que dans d'autres parties du pays, incluant la tragédie du chemin de fer d'Eseka causée par Oncle Biya et son maître impérialiste Bolloré en 2016, je voudrais exprimer mes sincères condoléances et ma profonde sympathie aux victimes de ces nouvelles démonstrations de la cruauté de l'Oncle Biya et aux familles endeuillées. Ils doivent savoir que les sacrifices qu'ils ont fait et le sang qu'ils ont versé ne l'ont pas été en vain. En fait, ils sont une autre des nombreuses graines à partir de laquelle la libération Kamite va grandir et acquérir une force si dévastatrice qu'elle va balayer l'Oncle Biya et ses maîtres occidentaux dans un éboulement irrésistible et les jeter tous dans l'enfer dont ils sont les créatures.

Maintenant, pour répondre à votre question, je dois dire que je n'identifie jamais et ne définis jamais mon peuple avec ou à travers ces contre-identités qui nous ont été imposées par nos esclavagistes violeurs et oppresseurs impérialistes ! Malheureusement, la manière dont les choses se sont passées ont confirmé que tant que nos luttes ne sont pas articulées et menées par nos masses dépossédées, par des forces sociales progressistes, des communautés de base et des activistes révolutionnaires avec une passion indestructible pour la libération africaine et une compréhension claire de la politique mondiale, elles seront toujours récupérées pour les élites bourgeoises et petites-bourgeoises pour avancer leurs propres intérêts de classe.

Ainsi, il est presque certain que, un jour ou l'autre, l'élite « franco-folle » de ce pays finira par faire des compromis, faire des concessions à son alter-ego « anglo-folle ». Les deux vont partager les mêmes perruques blondes et célébrer leurs allégeances et aliénation aux dialectes, symboles, (anti) valeurs et intérêts de leurs maîtres communs. Alors, lorsque le peuple va relancer la lutte pour mettre fin au contrôle impérialiste occidental et à l'oppression néocoloniale du pays une bonne fois pour toute (c'est-à-dire atteindre la libération complète et authentique), vous verrez à la fois les élites compradores « franco-folles » et « anglo-folles » se battre ensemble aux côtés de leurs maîtres occidentaux pour éliminer les masses progressistes et les activistes révolutionnaires Kamites. Mais si les élites « franco-folles » ne font pas de compromis avec leurs contreparties bourgeoises « anglo-folles », la tragédie du pays est qu'aucune force organisée ne peut actuellement arrêter la folie sanglante de l'Oncle Biya et sa détermination à maintenir son régime corrompu et en faillite à n'importe quel prix.

En d'autres mots, Monsieur Tonkam, vous suggérez que ce qui se passe au Cameroun aujourd'hui n'a rien à voir avec la stabilité, l'intégrité et l'unité du pays mais n'est qu'un simple conflit d'intérêts entre les élites du pays ?

Exactement ! C'est pourquoi je suis choqué par la myopie, la naïveté (ou la stupidité ?) et le fanatisme de ces intellectuels « franco-fous » qui dans les médias, rejettent agressivement leurs équivalents « anglo-fous » et qui continuent d'affirmer de façon effrontée et arrogante « qu'ils n'accepteront jamais que le Cameroun soit divisé ».

Ce faisant, ils légitiment la répression criminelle et sanglante de l'Oncle Biya contre notre peuple et il leur est reconnaissant pour cela. Et pourtant, ce personnage paresseux, stupide, dictatorial et corrompu n'a jamais montré aucun intérêt pour les affaires du pays, si ce n'est pour assassiner en masse notre peuple, voler notre argent, détourner les deniers publics et les cacher dans des banques occidentales.

Et une fois qu'il en aura fini avec les élites « anglo-folles », il se retournera contre ces mêmes « franco-fous » qui auront été assez stupides pour légitimer et soutenir sa répression des élites « anglo-folles ».
Il y a des problèmes qui auraient dû être clarifiés et exposés ; parce qu'ils auraient mobilisé plus de gens et revitalisé la lutte pour libérer le pays. Malheureusement, aveuglés par leurs intérêts de classe (le cas de l'élite petite-bourgeoise « anglo-folle ») et aveuglés par leur nationalisme réactionnaire (le cas de l'élite petite-bourgeoise « franco-folle »), tous les deux manquant sérieusement d'esprit progressiste et d'agenda révolutionnaire, tous ceux qui dans le pays ont intérêt à la fin du système ont complètement raté une énième opportunité de bâtir une forte coalition qui aurait libéré le pays de l'Oncle Biya et de ses maîtres.



Si je vous comprends bien, Monsieur Tonkam, suggérez-vous que les anglophones et les francophones auraient dû s'unir contre le Président Paul Biya et auraient dû faire campagne pour son départ ?
Pas de « franco-fous » et « d'anglo-fous », ma Soeur, mais les citoyens de Kemet, qui auraient dû se mettre ensemble, s'unir et travailler à chasser les oppresseurs étrangers et leur sbire local Oncle Biya. Oui !

Donc, en d'autres mots, vous êtes en train de dire que les camerounais doivent reprendre la lutte de libération à nouveau, comme l'Union des Populations du Cameroun (UPC) dans les années 50 et 60 ?

Exactement, ma Soeur, c'est l'éternelle obligation des peuples qui luttent mais ne finissent pas le combat victorieusement. L'ancêtre Bob et la soeur Rita Marley le disent très bien : « Lève-toi, Combattant tombé! Lève-toi et reprends ta position sur le champ de lutte! Parce que celui qui combat et s'enfuit, se condamne à recommencer le même combat un autre jour. » Tant que nous ne comprendrons pas cela, nous ne serons jamais libres.

Un dernier mot à ce sujet, Monsieur Tonkam. Après l'évidente incapacité des partis d'opposition et de la société civile à s'imposer comme protagonistes dans le débat entre le régime et les anglophones, au regard de ce que vous avez appelé la faillite du régime du Président Biya, des contradictions entre les bourgeoisies et petites-bourgeoisies francophone et anglophone et de la trahison des anciens activistes estudiantins, qui pourrait s'attaquer à ce problème qui risque de devenir une menace sérieuse pour la survie du Cameroun en tant que Nation ?

Le peuple. Oui, les citoyens de Kemet se réunissant ensemble, résoudront certainement ce problème et tous les autres problèmes qui affectent l'Afrique aujourd'hui.

Non, Monsieur Tonkam, je veux dire, les leaders, les organisations. Parce-que même si le peuple peut résoudre un conflit, il faut des leaders et des facilitateurs pour amener tout le monde sur la même table et négocier des solutions et des accords.

Puisque vous insistez, je vais vous dire ceci. Les leaders historiques suivants auraient été utiles pour trouver une  solution s'ils étaient toujours vivants : Mongo Béti (écrivain et essayiste), Hugo Chavez (président du Vénézuela), Ndeh Ntumazah et Ekemeyong Moumié (respectivement président et leader du parti camerounais de libération, UPC). Qu'ils reposent en paix. En leur absence, je recommanderais fortement les personnalités suivantes : Bayyinah Bello (prêtresse ancestrale, Ayiti). Mère Jah (famille Jah, Ambassadrice de la Diaspora à Ouidah, Bénin), Mamadou Coulibaly (ancien ministre et président du parlement en Côte-d'Ivoire), Nomzamo Mandikizele (mère de la Nation azanienne. NDLR : Winnie Mandela, Afrique du Sud). Assata Shakur (ancienne activiste du Black Power Movement, exilé politique à Cuba), Kah Walla (présidente du Cameroon People's Party), Eboussi Boulaga (philosophe), Moukoko Priso (scientifique et activiste), camarade Affiong Limene Affiong (universitaire-activiste et organisatrice communautaire), Chinweizu Ibekwe (universitaireactiviste).

Comme parti politique, je recommanderais l'authentique et historique UPC (Union des Populations du Cameroun) et comme organisation inclusive je recommanderais le SCNC (Southern Cameroon National Council). La seule chose est que pour réussir, ce rassemblement devrait procéder tout d'abord à une cure contre la malédiction pan-obamaniste.

Etes-vous conscient que le Southern Cameroon National Council (SCNC) a été interdit par le gouvernement camerounais ? Et que Assata Shakur est une fugitive au regard des lois américaines et recherchée par le gouvernement américain et ses services de renseignement ?

Oui, et alors ? Un bon révolutionnaire ne tient pas compte de la légalité ou l'illégalité des individus, organisations, institutions, structures ou mouvements existant ou opérant dans le contexte ou dans l'environnement dans lequel il opère lui-même. La seule chose qui compte pour un révolutionnaire c'est de savoir si ces individus, organisations et structures sont amicales, inamicales ou neutres ; alliées ou adversaires ; faibles ou fortes ; compétentes et efficaces ou incompétentes et inefficaces.

Et à propos du président Biya, l'homme au pouvoir ?

La seule chose significative que ce personnage paresseux, incompétent, corrompu et criminel puisse encore faire pour son pays, c'est de se prendre lui, sa famille et ses maîtres étrangers et d'aller au diable avec eux tous (rires).


La campagne pour abolir la monnaie coloniale française appelée Franc CFA


Une campagne internationale bat son plein contre le Franc CFA, la monnaie utilisée par les anciennes colonies françaises. Vous avez été l'un des premiers à promouvoir cette campagne à travers l'Afrique et dans toute l'Europe et l'Amérique du Nord, mais de façon surprenante, alors que la campagne attire de plus en plus de personnalités panafricaines, vous n'avez pas participé aux différents panels de discussion et événements publics qui se sont tenus à ce sujet.

La monnaie néo-coloniale française appelée Franc CFA symbolise l'esclavage économique des Africains par l'Occident. La campagne pour l'abolir a en réalité démarré à l'initiative de jeunes activistes du Bénin avec le mot d'ordre : "NON AU FRANC CFA". Ce sont des activistes braves et très engagés qui ont démarré une mobilisation à la base avec une approche populaire très louable et une vision pour cette campagne orientée vers la participation des masses. Mais au fur et à mesure que la campagne a pris de l'élan, elle a été soudainement récupérée par des "panafri-célébrités" opportunistes qui ont changé le mot d'ordre originel en campagne "ANTIFRANC CFA". Et à partir de là, c'est devenu une affaire de m'as-tu-vu et de parade, de mise en avant personnelle, ce que j'appelle "Panafri-Show".



Alors que les initiateurs de la campagne sont arrivés à la réalisation qu'il faudrait un changement de régime politique et une révolution pour abolir le Franc CFA, ces "panafri-élites" ont annoncé qu'elles allaient rédiger une feuille de route qui allait être soumise à ces mêmes dictateurs et gouvernants néo-coloniaux qui servent et soutiennent ce même Franc CFA. En d'autres mots, nous avons là un exemple typique de ces situations historiques où les révolutionnaires lancent un mouvement, pour qu'au final, ce mouvement soit récupéré par des réformistes opportunistes de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie. Ainsi, la bourgeoisie et la petitebourgeoisie panafricanistes ont pris le contrôle de la lutte populaire pour l'utiliser comme un instrument de négociation avec ces mêmes régimes et gouvernants anti-peuple que les masses sont en train de rejeter.

En fait, avec la campagne "NON AU FRANC CFA", la jeunesse et les masses s'étaient mises en mouvement pour confronter et se débarrasser de ces régimes fantoches pro-occidentaux impopulaires et de leurs élites incompétentes et corrompues. Mais la panafri-élite bourgeoise et petite-bourgeoise opportuniste est en train de distraire, semer la confusion, affaiblir et mettre un coup d'arrêt à cette Jeunesse Progressiste et aux Masses. Les célébrités pan-africaines petites-bourgeoises ont trompé la Jeunesse Progressiste Africaine et les Masses en leur faisant croire qu'il y aurait une conjonction, communauté d'intérêt entre les peuples africains et les régimes fantoches africains. Dans ce conte de fées manipulateur, nos gouvernants fantoches sont eux-mêmes (faussement) présentés comme simples victimes de l'impérialisme occidental, et on demande aux masses d'avoir de la compassion pour eux et de ne pas les combattre; au lieu de cela, elles devraient dialoguer avec eux, les soutenir et les renforcer afin qu'ils puissent (soi-disant) résister aux prédateurs occidentaux.
Dans ce jeu de "panafri-fous ", les intellectuels et activistes pan-africanistes petits-bourgeois prennent la place centrale en tant qu'acteurs clés en s'imposant comme intermédiaires entre les masses et les régimes en place.

En effet, d'une part les masses pensent qu'ils sont réellement impliqués dans la lutte pour la Libération Africaine; d'autre part les régimes néo-coloniaux sont contents et reconnaissants du fait que les "panafri-élites" sont en train de les aider à empêcher les masses en colère de les renverser. De nos jours, il y a même des médias, des organisations, des mouvements, des intellectuels, des écrivains, des artistes et autres célébrités qui sont devenus des spécialistes de la diffusion de cette "panafri-confusion". Ainsi, ils ont propagé, entre autres absurdités, l'idée que des marionnettes néo-coloniales et sanguinaires telles que Oncle Biya, Oncle Deby, Oncle Obiang, Oncle Sassou et leurs semblables sont des soi-disants "pan-africanistes" (rires). C'est comme ça que les demandes révolutionnaires de la jeunesse progressiste et des masses ont été diluées et leur campagne transformée en rassemblements ayant pour objectif de préparer une feuille de route à l'intention des régimes et gouvernants africains fantoches. Pourtant, l'objectif premier d'une révolution et des révolutionnaires est de défaire l'oppression externe et de se débarrasser de ses agents locaux, pas d'être leurs conseillers techniques ou leurs rédempteurs.

Nos intellectuels et activistes panafricanistes petits-bourgeois ont utilisé abusivement et trahi la lutte de notre jeunesse et de nos masses progressistes pour la transformer en instrument de négociation qu'ils essaient maintenant de marchander pour se réconcilier avec la bourgeoisie compradore dirigeante, en se proposant eux-mêmes comme conseillers techniques et consultants sur les questions de politique monétaire. Cela est vraiment, vraiment triste et terrible pour l'Afrique.

N'y a t-il pas un moyen de renverser la situation ?

Je crains que non ! Parce que, pour arrêter ces dérives réactionnaires de la petite bourgeoisie pan-africaniste, la jeunesse et les masses devraient être responsabilisées. Pourtant, la petite-bourgeoisie panafricaniste les domine grâce à des arguments d'autorité basés sur le droit d'aînesse, sa capacité à obtenir plus de visibilité grâce à l'exposition médiatique et son réseau global d'amis et de collègues, ses capacités financières et matérielles supérieures, ces contacts et relations dans les cercles dirigeants en Afrique et en Europe, sa réputation intellectuelle et son expertise scientifique qu'elle continue d'utiliser pour s'octroyer le leadership de la campagne (en prétendant que c'est la condition pour être "pris au sérieux" par l'opinion publique, les régimes africains et les puissances occidentales), etc.

Personnellement, j'ai vu cette pagaille poindre à l'horizon, lorsque j'ai commencé à voir beaucoup de "panobamanistes" apparaître soudainement dans la campagne. Certaines de ces personnes ont menti, trompé et trahi les masses africaines durant ces huit dernières années, et maintenant que leur héros présidentiel a terminé son mandat, au lieu de faire profil bas, de se repentir et de demander pardon à notre peuple, ils saisissent la première opportunité de récupérer une autre lutte des masses, en espérant que le peuple ne va pas dénoncer leurs contradictions et faiblesses et remettre en question leur hypocrisie. Si la jeunesse progressiste africaine et les masses ne reprennent pas rapidement le contrôle de l'agenda, ce sera un sérieux recul pour la lutte de libération africaine.

Il y a aussi des réflexions en cours parmi les activistes anti-CFA pour appeler au boycott des produits français. Mais beaucoup se souviendront que, c'était sous votre leadership au début des années 90 au Cameroun que le mouvement estudiantin a lancé la toute première campagne de boycott des produits français.

Oh oui, je me souviens très bien de cette période. Et c'est dommage que ceux qui ont si bravement combattu durant ces années soient devenus à présent des petits-bourgeois égoïstes et opportunistes. La leçon alors et maintenant est la suivante : en politique, il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées et les meilleurs plans; sans les bonnes personnes qui sont authentiquement déterminées à les mettre en application, et si nécessaire mourir pour cela, vous allez échouer.

Monsieur Tonkam, concernant votre rejet des "pan-obamanistes" qui ont pris le contrôle de la campagne anti-CFA, je voudrais vous faire remarquer que certaines des figures du mouvement ne sont pas des "panobamanistes" comme vous les appelez. Il y a même le plus connu d'entre eux, Kemi Seba, qui tout comme vous, a été sévèrement critiqué par d'autres pan-africanistes pour avoir rejeté Obama. Que dites-vous à ce sujet ?

J'apprécie le fait que Kemi Seba et ceux dont vous parlez aient maintenu une cohérence idéologique alors que la plupart des autres pan-africanistes sont tombés dans l'hallucination Obama. Cela montre qu'ils sont sincèrement engagés dans la lutte de libération africaine. Mais c'est précisément en raison de cette cohérence idéologique qu'ils auraient dû comprendre que ces jeunes progressistes qui ont lancé la campagne "NON AU FRANC CFA" auraient dû être soutenus et mis en situation de porter la lutte, au lieu qu'ils (l'élite panafricaniste) arrivent et la récupèrent comme ils l'ont fait. Les célébrités et autres vétérans du mouvement panafricaniste auraient dû rester à l'arrière-plan en tant qu'anciens, apportant conseils et soutien à la jeunesse.

Ensuite, tout authentique combattant pour la liberté africaine devrait savoir que pour réussir, la révolution doit être conçue, planifiée et dirigée uniquement par des révolutionnaires. Ainsi, si l'accomplissement de votre révolution dépend de gens qui ont montré leurs faiblesses, leurs contradictions politiques et leurs incohérences idéologiques en soutenant des ennemis paradigmatiques de la libération africaine, alors votre révolution est vouée à l'échec.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez quitté le mouvement pan-africaniste et êtes à présent en train de proposer une nouvelle théorie pour la Libération et de la Reconstruction Africaine ?

Oui ! Pour moi, le pan-africanisme est mort lorsque ses avocats les plus brillants ont soutenu Obama. Si une idéologie telle que le pan-africanisme échoue à empêcher ses plus grands représentants de soutenir des figures anti-africaines emblématiques, alors ce mouvement et l'idéologie sur laquelle il repose ont un sérieux problème.

Ainsi, au lieu de combattre mes anciens camarades sur la question de savoir qu'est-ce qui est panafricanisme authentique et qu'est-ce qui ne l'est pas, j'ai préféré laissé ce chaos de contradictions derrière moi. Du coup, nous n'avons plus besoin de nous combattre. Chaque mouvement fait ce qu'il a à faire sans que d'autres viennent le déranger. Et si quelqu'un réussit à libérer l'Afrique, nous serons tous contents et en profiterons tous.

Les Querelles politiques au sein des Diasporas Africaines: entre Ancestralisme et Modernisme

Certains camerounais de la Diaspora ont soulevé des critiques à votre encontre concernant votre manque d'implication dans les questions politiques au sein de la diaspora camerounaise. Par exemple, vous n'intervenez pas sur Facebook, WhatsApp, ou toute autre plateforme Internet ou réseau social et vous ne participez pas à leurs meetings. Pourquoi ?

Tout d'abord, je trouve inquiétant que tout le monde réduise la politique à l'agitation petite-bourgeoise et la posture d'auto-glorification qu'on peut observer sur Internet et sur les réseaux anti-sociaux. Mais n'ayant pas assez de temps pour m'étendre sur le sujet, je ne vais pas m'attarder sur cet aspect. Beaucoup de mes amis ont juste mis mon nom sur leurs forums sans me demander ma permission, alors même qu'ils savent que je ne partage pas les vues de la plupart des gens présents sur ces plateformes. Je ne me suis pas plaint ou retiré. Mais il est vrai que je ne suis pas un membre actif de ces forums parce qu'ils reflètent les confusions, les contradictions, les faiblesses, la tournure réactionnaire, la direction anti-africaine que la politique africaine a pris durant ces dernières décennies.

Pourriez-vous être plus spécifique, s'il vous plaît ?

Pour être bref, dans quasiment tous les pays africains et chez leurs expatriés, les activistes et les intellectuels sont divisés en deux groupes. Le premier groupe défend la démocratie, les droits humains, les libertés civiles, les droits civiques et sont des critiques résolus des régimes africains. Ils se battent avant tout pour se libérer des dictateurs locaux incompétents. A Kemet, par exemple, leur slogan est "Tout sauf Biya". Ils sont pro-occidentaux et eurocentriques à un tel point que si vous ne saviez pas qu'ils étaient Noirs, vous pourriez penser qu'il s'agit de Blancs crachant leur venin impérialiste sur l'Afrique. Ils ont pour habitude de se vanter de leurs passeports occidentaux et parlent et se comportent comme s'ils avaient le mandat de défendre l'Europe, le "bien-être" occidental volé et la culture occidentale contre leurs compatriotes africains. Ainsi, ils vont parfois aussi loin que de demander l'expulsion d'autres d'Africains de leur paradis européen et demandent de façon arrogante à ceux qui critiquent le racisme et l'impérialisme européen de quitter les (leurs) pays occidentaux s'ils ne sont pas satisfaits des politiques occidentales.

Le second groupe est composé de Noirs ayant une conscience culturelle poussée et qui argumentent que l'Occident est la cause première de la souffrance africaine à travers ses actions racistes et ses politiques impérialistes. Aussi, ils se battent pour l'indépendance africaine, avec une emphase sur la libération culturelle et spirituelle comme premières étapes et conditions pour atteindre la libération complète. Ils ont tendance à voir les dictateurs africains comme de simples victimes des puissances impérialistes occidentales. Du coup, ils agissent et parlent souvent d'une façon qui tend à banaliser, ignorer et pardonner les crimes des régimes africains. Ils argumentent en faveur de et justifient la répression des activistes des droits humains d'une manière cynique qui ressemble à de la complicité ou à du soutien en faveur des régimes dictatoriaux néo-coloniaux.

Quand vous les entendez parler, vous pourriez penser qu'il s'agit d'un porte-parole ou d'un ministre de l'information d'un de ces dictateurs crachant son venin néo-colonial sur ses opposants. Leur slogan : "plutôt que d'avoir une autre marionnette occidentale, il vaut mieux laisser Biya au pouvoir". Ainsi, ils vont parfois aussi loin que de prétendre que les autres africains qui se sont naturalisés et ont des passeports occidentaux ne sont plus africains et devraient se taire lorsqu'il s'agit de questions africaines. Ils appellent à leur expulsion du paradis africain et demandent de façon arrogante à ceux qui critiquent les régimes africains et leurs leaders de quitter les (leurs) pays africains s'ils ne sont pas satisfaits de la politique et de la situation là-bas.

Alors, de quel côté vous situez-vous ? Qu'en pensez-vous ?

De mon point de vue, ces groupes sont tous les deux réactionnaires et hypocritement dangereux, puisque le résultat final de ces deux attitudes est le statu quo de l'oppression et de l'esclavage de notre peuple. En effet, vous ne pouvez pas prétendre combattre sérieusement les dictatures en Afrique sans attaquer ces mêmes impérialistes occidentaux qui nous ont imposé ces dictatures après avoir commis d'horribles génocides sur nos populations. D'autre part, vous ne pouvez pas sérieusement prétendre combattre l'impérialisme occidental en tolérant, en étant complaisant ou en rechignant à renverser les Oncles Tom et autres régimes fantoches que ces mêmes impérialistes occidentaux nous ont imposés. En fait, les deux groupes se connaissent très bien; simplement leurs intérêts de classes étant liés ou dépendants soi des intérêts occidentaux ou de ceux des régimes Oncle Tom au pouvoir, ils ne sont pas prêts à mettre en péril leurs intérêts en attaquant le sponsor qui garantit et protège ces intérêts de classes.

Le premier groupe est composé principalement d'africains cosmopolites de la bourgeoisie globaliste et de la petite bourgeoisie universaliste, alors que le second est composé en majorité de la bourgeoisie nationaliste réactionnaire et de la petite bourgeoisie chauviniste. L'opposition entre ces deux groupes est seulement culturelle et spirituelle, l'un étant eurocentrique réactionnaire et l'autre étant afrocentrique réactionnaire. En tant que tels, ils ne représentent aucune menace ni envers les oppresseurs impérialistes ni envers les laquais et Oncles Tom que ces prédateurs occidentaux ont imposé au pouvoir en Afrique, puisque ces groupes en sont tous les deux des appendices parasitaires.

Dans l'histoire africaine, ces deux groupes représentent et incarnent trois des pires formes de collaborationnisme qui ont le plus fait de mal à notre Nation de par le passé et encore aujourd'hui, sur le Continent tout comme dans la Diaspora. La première forme de collaborationnisme est le classique Oncle Tom (exemplifié par Oncle Biya, Oncle Ouattara, Oncle Nguesso aujourd'hui, Ahidjo, Bongo, Houphouët-Boigny, Eyadema etc. par le passé). La seconde forme de collaborationnisme est le syndrome Mandela (Oncle Mandela, Oncle Soglo, Oncle ATT de par le passé, Oncle Gbagbo et les partis d'opposition africains aujourd'hui) et la malédiction Obama (Oncle Obama et ce que j'ai appelé les pan-obamanistes aujourd'hui, c'est à dire ces panafricanistes - libéraux, gauchistes, nationalistes et/ou afrocentriques qui ont soutenu Oncle Obama).

Dans cette situation, c'est évident que les gens qui ont dédié leur vie et sont déterminés à libérer complètement l'Afrique (c'est à dire vaincre les oppresseurs externes et leurs marionnettes locales) n'ont pas leur place dans ces deux groupes. Bien au contraire, puisque nous rejetons et combattons de manière égale leurs patrons, sponsors ou maîtres, il y a un risque sérieux que ces deux groupes s'allient pour nous combattre. En effet, ils appartiennent à la même bourgeoisie et petite-bourgeoisie, ils se connaissent assez bien pour comprendre qu'ils ont besoin l'un de l'autre pour survivre, tandis que le triomphe de notre lutte (la fin de l'impérialisme occidental et la fin de l'Oncle Biya et autres régimes fantoches) signifierait également leur fin en tant que classes parasitaires et profiteuses.

Alors quelles seront vos relations avec ces compatriotes camerounais dans les prochains mois ?

Oh, vous savez, après avoir survécu aux campagnes de criminalisation et de diabolisation lancées contre moi par mes anciens amis pan-africanistes et afrocentriques pour avoir rejeté leur héros personnel Oncle Obama (les pan-obamanistes), je me suis imposé une nouvelle politique dans mes relations avec les soeurs et frères qui ont des vues opposées ou différentes. Je ne me dispute plus avec eux, je ne me bats plus contre eux, je les laisse faire ce qu'ils ont à faire et je ne leur permets pas non plus d'intervenir dans mes affaires. S'ils ont besoin de moi et m'invitent à les assister ou à échanger nos points de vue, nous définissons des conditions de collaboration claires, je fais ce que je dois faire et je repars. Je n'interfère dans les affaires de personne et je ne me mêle de l'agenda de personne. Ainsi j'espère que nos relations restent aussi cordiales, respectueuses et amicales que d'habitude.


Mais Monsieur Tonkam, à l'heure des nouvelles technologies, permettez-moi d'insister sur ce sujet. La Diaspora camerounaise dans de nombreux endroits du monde est perçue comme l'une des plus vibrantes et dynamiques ainsi que comme l'une des plus entreprenantes. Plusieurs camerounais de la Diaspora tiennent également des positions prééminentes dans les affaires, la communication et les médias ainsi que dans des institutions académiques telles que les universités entre autres domaines. Ainsi, ils sont des faiseurs d'opinion et des influenceurs qui pourraient aider à faire avancer votre vision de la libération africaine. En restant à l'écart de ce type de forums et plateformes, ne redoutez-vous pas que votre message n'atteigne pas les Camerounais et qu'à la fin, il soit oublié ?

Ne vous inquiétez pas ma soeur.

Mon combat ne consiste pas à ne pas être oublié. Nous voulons la libération de Kemet et de toute l'Afrique (Nubie-Kemet). C'est ce que nous ne devons pas oublier. Notre sort individuel n'est rien et ne compte pas s'il n'est pas mis au service du Peuple de notre Grande Nation Continentale et Globale.


Je saisis cette opportunité pour rendre hommage à la travailleuse Diaspora Kamite et aux Diasporas africaines et les féliciter pour leurs réalisations socio-économiques exceptionnelles et leurs succès académiques, culturels dans ces pays hostiles, Babyloniens Occidentaux, Arabes et Asiatiques. Ils sont la preuve vivante qu'en fait, nous sommes un peuple résistant, fort, travailleur, plein de réussite et conquérant, et personne ne peut nous empêcher d'accomplir ce que nous voulons pour nous-mêmes et ceux que nous aimons. Mettons les mêmes compétences, la même énergie, la même résilience, le même dynamisme et la même détermination dans notre lutte pour libérer Kemet et notre Continent tout entier des oppresseurs étrangers et de leurs valets locaux et reconstruisons le pour le bien de nos enfants.

Dans cette perspective, mon seul message à notre peuple (Diasporique et Continental) sera celui que j'ai publié il y a quelques mois, dans l'un de ces forums Kamites dont vous parliez certainement. C'est un appel à éviter les divisions artificielles que nos oppresseurs étrangers et leurs valets locaux créent entre nous pour nous affaiblir et maintenir leur domination sur nous et leur contrôle sur l'Afrique. Le message est le suivant « La bénédiction d'être Noir (Nubien-Kamite) est un Droit Ancestral que personne ne peut nier ou enlever à un autre citoyen Nubien-Kamite en aucune circonstance et sous aucun prétexte que ce soit. C'est encore plus important quand on connaît l'histoire et l'actualité de l'oppression de notre peuple par ces criminels occidentaux, génocidaires, violeurs, prédateurs et esclavagistes barbares. D'autre part, nous ne devons jamais oublier que l'invention, l'utilisation abusive, l'abus de l'argument du passeport est une forme de ce qu'on appelle "nationalisme réactionnaire". En effet, c'est l'arme inventée par nos pires dirigeants anti-africains, (sur les conseils et sous la direction de leurs maîtres occidentaux) et utilisé pour exclure nos vrais leaders et héros / héroïnes des affaires de leurs pays, pendant qu'ils étaient persécutés et forcés à l'exil pour avoir combattu sans compromis pour la vraie indépendance de l'Afrique. Cela prouve que les meilleurs Filles et Fils de l'Afrique ne sont pas forcément ceux et celles qui ont des passeports africains, et ceux et celles qui ont des passeports étrangers ne sont pas automatiquement les mauvais Fils et mauvaises Filles de l'Afrique. Donc, en reprenant la rhétorique tribaliste / chauviniste actuelle du passeport, nous nous mettons nous-mêmes du plus mauvais côté de l'histoire. Nos frères et sœurs et leurs enfants qui possèdent des passeports occidentaux (peu importe que ce soit par naissance ou par naturalisation) sont aussi africains que vous avec vos passeports Kamites et moi avec mon passeport de réfugié. En tant que tels, ils ont autant le droit de contrôler, juger, critiquer ou approuver, rejeter ou soutenir la situation et les politiques en place en Afrique et de s'impliquer dans les affaires locales du Continent. Dans l'Afrique libérée qui est sur le point d'émerger des luttes multiformes de notre vaillant peuple contre ses ennemis externes et leurs valets locaux, nous allons bénéficier des mêmes droits (et bien sûr des mêmes devoirs), peu importe la couleur de nos passeports, les dialectes coloniaux et les langues africaines que nous parlons ».

La crise du système éducatif africain: le cas du Cameroun

Monsieur Tonkam, pour parler du système éducatif de votre pays, nous avons choisi trois sujets à propos desquels nos lecteurs souhaiteraient avoir vos commentaires. Le premier est le soi-disant cadeau de 500 000 ordinateurs fait par le président Biya aux étudiants du tertiaire. Que pensez-vous de cela ?
Le dictateur et ses acolytes pensent qu'ils peuvent continuer de tromper le peuple comme d'habitude.

Heureusement, malgré la propagande télévisée du régime, notre peuple a compris la manoeuvre et personne ne lui en sera reconnaissant. En fait, toute l'entreprise s'est écroulée en raison de la bureaucratie et de la corruption endémique du système. Ils avaient promis de livrer ces ordinateurs entre février et mars de cette année. Les masses Kamites (les masses camerounaises - ndlr) sont conscientes du danger de ces promesses trompeuses et d'une action mégalomane qui causera un endettement supplémentaire du pays. Mais le pire est la question de la protection de nos données personnelles.

Que voulez-vous dire par là ?

Il y a un sérieux risque pour notre sécurité nationale parce que les puissances étrangères qui vont fabriquer et produire ces ordinateurs ont là une opportunité unique de les configurer de telle sorte à pouvoir subtiliser les données personnelles de millions de jeunes Kamites et de leurs familles, compromettant ainsi la sécurité et l'économie du pays. C'est une raison additionnelle d'accélérer la sortie du pouvoir de ce dictateur vendu.
Heureusement, le temps arrive où l'Oncle Biya aura à expliquer où il a obtenu tout cet argent pour offrir ce soi-disant « cadeau ».

Les résultats du Baccalauréat de l'année dernière ont juste été publiés et il en est ressorti que les étudiants qui avaient obtenu les meilleures performances ont été ceux de la région de l'Ouest ; c'est-à-dire qu'ils sont Bamiléké. Certains observateurs ont présenté cela comme étant une preuve additionnelle du fait que les Bamiléké sont plus intelligents et ingénieux que le reste de la population. Que pensez-vous de cela ?

Je dis que cette rhétorique tribaliste est un comportement réactionnaire récurrent au sein des bourgeois et petits bourgeois africains dans leurs luttes intestines pour le pouvoir, les privilèges et les ressources. Convaincus qu'ils ne peuvent atteindre le niveau soi-disant supérieur de leurs maîtres blancs, ils se retournent contre leurs compatriotes noirs, utilisant n'importe quel accomplissement à des fins d'autocongratulation aux dépens des autres. C'est typique des esprits aliénés et esclavagisés de faire de telles comparaisons leur permettant de se prétendre supérieurs aux autres Noirs. Remarquez qu'ils n'osent jamais se comparer aux oppresseurs blancs, parce qu'ils ont tellement internalisé leur infériorité que dans leur esprit, la blancheur est la limite indépassable et la plus grande mesure en toute chose, ainsi que le modèle à imiter et l'idéal à atteindre. Ce que nous devons dire à ces personnages réactionnaires est de laisser les enfants africains tranquilles, libres de s'amuser et de réussir, sans que leurs performances soient mal utilisées à des fins de propagande tribalistes, d'intérêts de classe réactionnaires et de divisions artificielles. Enfin, si on devait faire des comparaisons, nous devrions montrer à nos enfants qu'ils sont bien meilleurs que les oppresseurs blancs. Tout d'abord, c'est factuellement vrai que les étudiants africains ont de meilleures performances que les étudiants occidentaux, arabes, asiatiques et juifs, en particulier lorsqu'ils sont mis dans les mêmes conditions d'apprentissage et d'études. Donc ils devraient se défaire de leur complexe d'infériorité et être fiers d'eux-mêmes, de leurs parents et de leur héritage. C'est comme ça qu'ils pourront devenir d'excellents soldats de la Révolution Africaine.

Vous êtes au courant de la lutte de pouvoir qui secoue actuellement l'université privée appelée « Université des Montagnes ». Pourriez-vous nous donner votre opinion sur le sujet ?

Je connais l'Université des Montagnes mais je n'en fais d'aucune manière partie. En fait, j'avais été approché afin de soutenir le projet lorsqu'ils ont commencé à le mettre en place, mais j'ai refusé de participer pour plusieurs raisons : a) pour moi, l'éducation est un bien public ; comme tel, c'est le devoir de l'État de l'assurer, surtout l'éducation supérieure ; b) les universités privées reproduisent les inégalités de classe et aggravent l'injustice sociale, tous les étudiants ne pouvant se permettre de payer les frais d'inscription requis pour y étudier ; c) dans une dictature néocoloniale, pour qu'une université privée existe et survive, les propriétaires, les enseignants et les étudiants doivent se tenir silencieux ou complices du régime. En effet, s'ils venaient à lever la voix contre la politique du gouvernement, ils courraient le risque d'être persécutés et que leur université soit fermée. Point final.

Ainsi, ce n'est pas une surprise que ces universités privées opérant au sein du régime néocolonial n'aient jamais pris de position critique ou publié de déclaration critique ou fait aucune action de condamnation des abus et crimes du régime en place. Ainsi ce n'est pas une surprise que les universités privées Kamites n'aient jamais soutenu les victimes des crimes de l'Oncle Biya, alors même qu'il s'agit de jeunes, d'étudiants, d'intellectuels et d'universitaires combattant pour la liberté académique et de meilleures conditions de vie et de travail pour les élèves et le personnel enseignant. En fait, les universités privées (j'y inclus les universités religieuses) préparent le prototype même des élites compradore, lâches, sans foi ni loi, et opportunistes qui attendent que les autres se sacrifient et meurent pour eux et leurs familles, pour qu'ils viennent ensuite profiter des fruits du martyre des autres.



Est-ce que cela veut dire que vous êtes contre les écoles et universités privées en Afrique ? En l'absence d'un système éducatif fonctionnel, êtes-vous en train de dire que les entités privées ou les gens ne devraient pas construire des écoles et des universités pour fournir une bonne éducation aux enfants ?

Le premier problème est que ces écoles privées ne fournissent pas une éducation africaine-centrée qui pourrait transformer nos enfants en fiers princesses et princes africains qui aimeront leur Noirité, célébrerons leur patrimoine culturel africain et qui seront déterminés à se battre et déterminés à se sacrifier pour libérer l'Afrique de ses prédateurs étrangers et de leurs affidés locaux. Au contraire, elles promeuvent une contre éducation aliénée, élitiste et anti-africaine destinée à blanchir le cerveau de nos enfants, et donc à préparer des élites compradores qui vont continuer à servir leurs maîtres étrangers demain, comme leurs parents le font aujourd'hui. En effet ces écoles privées sont des endroits privilégiés, des zones exclusives depuis lesquelles les enfants de riches regardent de haut leurs frères et sœurs désavantagés qui ne peuvent bénéficier d'une éducation similaire, et cela leur fait croire qu'ils sont spéciaux et que leur destin est de gouverner les pauvres sous prétexte qu'ils ont une supposée « meilleure éducation ». On ne peut permettre que cela continue en Afrique.

En fait, le point essentiel est que nos intellectuels et activistes qui soutiennent l'éducation privée ont peur d'affronter l'Etat, étant conscients que cela pourrait être dangereux et mortel. Ils ne sont pas prêts à abandonner leurs privilèges petit-bourgeois et à mourir pour assurer l'éducation universelle à tous les enfants africains. Du coup, les projets qu'ils mettent en place sont faits de telle manière à ne poser aucun challenge au régime néocolonial en place et à ses maîtres occidentaux. Ainsi ils peuvent prétendre avoir contribué à l'éducation des enfants alors qu'en réalité, ils gagnent beaucoup d'argent, étant donné que ce type d'éducation est couteux et seuls les parents riches peuvent se le permettre pour leurs enfants privilégiés. Il n'y a rien là-dedans qui touche à la philanthropie et à l'intérêt national : ce n'est qu'une affaire de business et de domination de la même classe bourgeoise qui est responsable de l'effondrement de l'Etat et de l'échec du système éducatif public. Dans ce contexte, que va-t-il arriver à la majorité des familles qui ne peuvent pas se permettre ces universités privées ?
Ne sont-elles pas elles aussi en droit d'avoir une bonne éducation, en tant que citoyennes et citoyens de ce pays ? Quel type de société voulons-nous construire si nous n'assurons l'éducation qu'à une minorité privilégiée et non à la majorité ?
Enfin, disons les choses clairement : l'éducation est un bien public, c'est même le bien le plus sacré d'une Nation, puisque c'est la valeur et l'institution qui relient tout le monde, indépendamment du statut socioéconomique, du genre, de l'origine géographique et linguistique. C'est seulement à travers l'éducation que vous pouvez rassembler tout le monde et faire partager les mêmes valeurs et principes sur lesquels la Nation est construite. Ainsi vous assurez la continuité et l'éternité de la Nation. C'est donc sans surprise que, pour opprimer le peuple, les puissances étrangères déforment toujours, affaiblissent, détruisent et prennent le contrôle du système éducatif. Il s'agit de contrôler les âmes et les esprits, ce qui rendra facile le contrôle de la culture, des corps, du travail, des terres, des ressources et de nos richesses. Comme le disait à juste titre le frère Lerone BENETT : « celui qui contrôle l'esprit n'a pas peur des corps. C'est la raison pour laquelle les Noirs ne sont pas éduqués ou mal éduqués» (Lerone BENETT, The Challenge of Blackness, 1972). Il continue ainsi :
« un éducateur dans le système d'oppression est soi un révolutionnaire, soi un oppresseur (…) la question de l'éducation pour le peuple Noir… est une question de vie ou de mort. C'est une question politique, une question de pouvoir (…). La lutte est une forme d'éducation, peut-être la plus haute forme. » En d'autres mots, l'éducation est une question de Souveraineté Nationale et de Défense Nationale. En fait, l'éducation est la première ligne de défense dans toute guerre. Parce que si votre système éducatif s'écroule, alors votre Nation va s'effondrer. Mais si votre système éducatif tient debout, la Nation tiendra debout. Mieux, si votre éducation est dans les esprits et les coeurs des gens, alors, quoi qu'il arrive, la Nation va au final défaire ses oppresseurs étrangers. Il s'agit du futur de la Nation ; en tant que telle, l'éducation ne peut être laissée aux mains d'intérêts privés.

La crise du leadership estudiantin en Afrique: les conflits entre anciens dirigeants du mouvement estudiantin camerounais et vos relations avec eux.

Monsieur Tonkam, certains de vos anciens collègues du mouvement estudiantin camerounais disent que vous n'êtes plus intéressé par les affaires de votre pays. Apparemment, chaque fois qu'ils essaient de vous impliquer dans des activités et des actions visant à amener du changement au pays, vous refusez toujours.

(Rires sarcastiques) Est-ce que ces anciens camarades vous ont dit comment ils sont arrivés en Europe ? Vous ont-ils dit qui les a aidés à échapper à la police, à l'armée et aux services secrets qui les pourchassaient ? Vous ont-ils dit qui les a aidés à obtenir l'asile politique, des permis de séjour dans différents pays d'Afrique de l'Ouest, d'Europe et aux Etats-Unis ? Vous ont-ils dit qui les a aidés à obtenir des bourses, des subventions, des logements etc. ? Alors, peuvent-ils vous montrer un seul activiste qu'ils ont aidés autant que je les aidés ? Peuvent-ils vous dire une seule action réussie, activité ou projet qu'ils ont accomplis eux-mêmes ou avec d'autres pour faire avancer la cause de la libération au pays ou dans n'importe quel autre pays africain, ou pour faire avancer les droits des Noirs dans ces enfers occidentaux où ils jouissent d'un exil doré ?

Il faut savoir que quand je suis arrivé en Europe, j'ai immédiatement et de manière constante accompli ma mission, qui était d'assister mes camarades sur le Continent et le faire par tous les moyens possibles (financièrement, matériellement, socialement, académiquement, diplomatiquement etc.). Avec l'aide de frères et sœurs engagés de la Diaspora, j'ai réussi à obtenir des statuts de réfugiés politiques, des permis de séjour, des bourses, des subventions, des logements, des programmes de réinstallation pour des centaines d'entre eux ainsi que pour des activistes estudiantins d'autres pays. Mais dès qu'ils posaient le pied en Europe (exil doré), ils montraient leur vrai visage d'opportunistes, d'égocentriques, trompeurs, méchants, sournois et traîtres, certains allant même jusqu'à m'attaquer verbalement et mes amis de la Diaspora qui les aidèrent à venir en Europe. Ils sont même allés jusqu'à me menacer de mort dans ma propre maison où je les avais hébergés jusqu'à ce qu'ils puissent trouver le



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