Cameroun- D'un scandale à l'autre : Patrice Nganang enfin libéré… mais expulsé de son pays d'origine

Posted on December 29, 2017 11:27:04 Filed in Cameroun




De l'avis de tous, c'est un coup de théâtre que le Cameroun a vécu ce mercredi 27 décembre 2017, avec la libération surprise, presque en catimini, de l'écrivain Patrice Nganang, embastillé le 06 décembre dernier.

Après son passage devant le juge le 15 décembre dernier, l'audience suivante contre celui qui était accusé de nombreux délits  (requalifiés au fur et à mesure que ses accusateurs s'embrouillaient à trouver un véritable crime à lui coller sur la tignasse : outrage au président de la République, outrage à corps constitué, faux et usage de faux,  immigration illégale, menaces de mort, menaces simples, apologie de la violence… et l'on en passe), avait été  fixée au 19 janvier 2018.

Curieusement, dans ce pays où des prévenus passent parfois des années en détention provisoire sans procès parce que les tribunaux « sont saturés », il a été notifié dans la nuit de mardi à mercredi de la tenue anticipée de son procès.

Rendu donc mercredi au tribunal où il est arrivé peu avant 09 heures, l'écrivain qui vient d'être classé parmi les 10 africains qui ont marqué l'année 2017 par le journal espagnol El Pais, ne tardera pas à connaitre quel sort devait être le sien, puisque une demie heure après, quand débute cette audience exceptionnellement anticipée,  le procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Yaoundé, demandera sans autre forme de procès l'arrêt des poursuites contre lui et sa relaxe. Le président du tribunal s'accordera juste quelques minutes, le temps de consulter les documents que lui a fait tenir le ministère public, désormais en position de rétractation.

Une vingtaine de minutes après, c'est également sans autre forme de procès que tombe la décision du juge dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'est pas officiellement motivée pour une affaire aussi grave que celle mettant aux prises la justice et un personnage aussi « dangereux » que Patrice Nganang qui a réussi à lui seul l'exploit d'être accusé des délits « graves » mentionnés supra :  la relaxe pure et simple du détenu le plus encombrant de l'année.

Selon nos sources qui ont suivi l'affaire de bout en bout,  l'implication des Etats-Unis auraient permis de déboucher sur cette issue heureuse que constitue la décision de la justice camerounaise. Car même si elle a été prise presque à contrecœur, elle devrait être tout de même être appréciée à sa juste valeur, dans la mesure où elle permet de ne pas faire s'éterniser une affaire inutile qui n'aurait jamais dû exister si les zélateurs du dictateur camerounais n'avaient pas, question de se faire voir, décidé d'enfoncer davantage leur « créateur » en offrant à l'écrivain qui n'en demandait pas moins le coup de pub de l'année.

Gain de cause donc pour ceux -y compris les personnes n'étant pas en odeur de sainteté avec lui- qui ont trouvé absurde, voire loufoque, l'arrestation de l'écrivain sur la base d'un post sur Facebook que ses détracteurs n'avaient pas visiblement bien lu : « Faites-moi confiance et je ne blague pas, je l'ai devant moi, lui Biya, et j'ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front. Je le dis depuis Yaoundé où je suis ».

Peuvent donc triompher les partisans de la liberté d'expression, qui disent depuis que l'arrestation de l'auteur de "Temps de chien", Prix Marguerite Yourcenar et Grand prix de la littérature d'Afrique noire n'était qu'un règlement de comptes politiciens orchestré par ceux qui ont convaincu  le président Biya que la seule solution au problème anglophone n'était que la répression sauvage, mais ont été frustrés de lire dans les colonnes de Jeune Afrique, une tribune dans laquelle  Patrice Nganang postulait que le départ de Paul Biya serait à lui seul constitutif d'un début de règlement de cette crise.

Cette victoire est cependant émoussée par l'expulsion manu militari du Cameroun de l'écrivain qui a été mis dans un avion à destination des Etats-Unis, aussitôt la levée de son mandat de dépôt signée. « Patrice Nganang a été jeté de force dans une voiture de la police camerounaise après que le tribunal de Yaoundé l'a remis en liberté ce matin… Son passeport camerounais a été confisqué sans décision de justice, ainsi qu'un document consulaire appartenant à son beau-père ; ces deux pièces sont entre les mains de la police. » a indiqué son avocat Me Emmanuel Simh, cité par lemonde.fr.  

Comme pour dire à ceux qui réclamaient à cors et à cris la libération de Patrice Nganang qu'ils ne peuvent obtenir à la fois le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière.

Même si cela sonne faux dans ce pays qui souhaite que sa diaspora revienne au bercail pour participer à la construction nationale, mais n'hésite pas à en chasser d'autres, pour la simple raison qu'ils « (f)ont (trop) la (grande) gueule » !

« Au Cameroun de Paul Biya » ! On vous dit. Fanny Pigeaud ne croyait pas si bien l'écrire.

Ndam Njoya Nzoméné



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