Cameroun : Après avoir passé 3 ans en prison pour complicité avec Boko Haram, l'ex-maire de Fotokol relaxé

Posted on December 30, 2017 13:40:15 Filed in Cameroun


Voici un cas on ne peut plus tristement illustratif des pratiques honteuses de la justice camerounaise : un séjour de trois ans et trois mois en prison, avec à la clé 24 audiences publiques, pour s'entendre dire après que l'accusé n'était pas coupable, qu'il est relaxé au bénéfice du doute.

Voilà la triste mésaventure que vient de vivre celui  qui est désormais appelé l'ex-maire de la ville de Fotokol dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

A la suite d'une décision du Tribunal militaire de Yaoundé datée du 28 décembre, l'ancien  maire Ramat Moussa est libre. Tout simplement. Et cela après avoir séjourné au cachot pour une rocambolesque accusation de collusion avec le mouvement terroriste Boko Haram qui sévit dans le septentrion camerounais, et qui a particulièrement fait payer un très lourd tribut en termes de vies humaines volées à la localité de Fotokol.

Si le verdict du Tribunal militaire peut soulager cette victime des atrocités de la justice camerounaise qui va regagner sa famille en cette veille de fête de nouvel an, il reste que sa longue détention pour un crime qu'il n'avait pas commis laisse dans l'esprit de cet homme meurtri  des marques indélébiles.

Parlant du Maire Ramat Moussa lors d'un entretien avec le journal Le Monde, il y a deux semaines, Maitre Abdoulaye Harissou, un autre ancien prisonnier politique récemment libéré après avoir séjourné trois ans en prison pour « outrage au Président de la République, complicité d'assassinat, et détention illégale d'armes de guerre » affirmait que le magistrat municipal de Fotokol était victime de sa popularité et des batailles de leadership au sein même du RDPC, parti au pouvoir. « A part les vrais Boko haram qui se trouvent en prison, on y retrouve aussi un concentré des gens accusés d'infractions politiques. J'étais en prison avec le Maire de Fotokol dans la Région de l'Extrême-Nord. Il était aussi le président de la section RDPC. C'est un Monsieur qui est populaire aussi. Il a été inculpé pour complicité d'insurrection mais, il parait que, et tout le monde le dit, c'est un règlement [de comptes] politique entre les gens du RDPC eux-mêmes ».

Le notaire Abdoulaye Harissou dont tout le monde sait au Cameroun que l'arrestation et la détention arbitraires des années durant n'avaient rien à voir avec les accusations officiellement excipées, mais étaient en réalité liées à ses amitiés avec l'ancien ministre Marafa yaya en rupture de ban avec le régime Biya, avait ajouté : « J'aimerais dire au président Paul Biya que tout Camerounais a le droit à la justice, que ce genre de procès inutile ternit l'image du pays et que trop de gens profitent de la justice pour régler leurs comptes. ».

Et c'est peu dire en fait, car dans ce pays, outre les célébrités qui passent des années en prison sans que le ministère public soit capable d'apporter les preuves de leur culpabilité ou de donner des raisons indiscutables de leur maintien prolongé en détention, des milieux de justiciables souffrent ici le calvaire du cachot des années durant, sans que l'on daigne même les présenter devant le juge.

Natondi K.



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