Livrés par le Nigeria à Paul Biya, à quelle sauce seront mangés Ayuk Sisiku Tabe et ses 9 camarades ?

Posted on January 7, 2018 22:31:18 Filed in Cameroun


Plus de 48 heures après leur enlèvement par de soi-disant éléments du State Security Services (SSS) nigérian dans un hôtel à Abuja où ils étaient en réunion, aucune nouvelle n'a filtré du sort qui a été réservé  au leader séparatiste anglophone du Southern Cameroon et à ses 9 compagnons d'infortune. Bien plus, il est difficile de nommer avec exactitude le service qui les a enlevés.

Certes, dans un communiqué publié samedi, le ministre de la Communication et porte-parole de la Federal Republic of Ambazonia, Chris Anu, affirme que les neuf leaders ont été enlevés par des hommes armés de la République du Cameroun. Ce qui confirme les révélations faites au reporter de Cameroonvoicepar des sources proches du gouvernement camerounais ayant requis l'anonymat, qui se bombaient le torse dimanche, d'avoir « réussi un grand coup pour faire taire ceux qui prêtaient des capacités inexistantes à ces fauteurs de troubles de sécessionnistes »

Mais l'information parait d'autant plus invraisemblable qu'il est inimaginable que des agents des forces de défense et de sécurité camerounais puissent rentrer au Nigéria et y mener des opérations d'une telle envergure, à moins d'y être autorisés par les autorités du pays, sans pour autant qu'on doive forcément la balayer du revers de la main, les services secrets camerounais étant capables de manœuvres insoupçonnables, surtout quand ils sont épaulés par la France comme dans les années qui ont suivi l'accession de ce pays d'Afrique centrale à l'indépendance. Or depuis un certain temps, des informations confidentielles laissent entendre que depuis la rencontre Biya Macron à Abidjan fin novembre, le chef de l'Etat camerounais aurait obtenu une certaine bienveillance complaisante de la part de la France, en ce qui concerne sa gestion de la crise anglophone pourtant dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme, ainsi que par l'ONU et le Commonwealth qui se sont montrés très préoccupés dernièrement de la tournure prise par ce qui n'était à ses débuts que des revendications corporatistes d'avocats et d'enseignants anglophones.

Mais alors quid du SSS dont la responsabilité est mise en exergue dans l'affaire ?

Selon notre source évoquée plus haut l'implication du SSS serait l'œuvre de la communication officielle du Cameroun, dans le but de « faire comprendre aux sécessionnistes qu'ils ne peuvent pas se servir du Nigeria comme base arrière pour déstabiliser le pays ». « En réalité, ajoute-t-elle, ce sont les services de contre-espionnage camerounais qui  ont réalisé cette opération inédite avec succès ».

Propos de bravache voulant récolter des lauriers immérités ? Peut-être. Car la Piste Interpol a aussi été avancée, et il est bien probable que cette organisation policière ait donné un coup de main aux autorités camerounaises, du moins conformément à ses missions, puisqu'en novembre dernier, celles-ci avaient émis des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre des leaders sécessionnistes.

Possibles perspectives

Que va-t-il se passer à présent que Sisiku Ayuk Tabe semble avoir été arrêté avec la plupart de ses "ministres", puisque certaines sources nigérianes relayées par la presse camerounaise indiquent que  Julius Sisiku Ayuk Tabe, Nfor Ngala Nfor (leader du Southern Cameroon national council -Scnc-), Fidelis Nde Che, Me Eyambe Elias, Ojong Okongho, Henry Kimeng, Awasum, Cornelius Kwanga, Tassang Wilfried, et Me Nalowa Bih « ont été mis dans les véhicules et conduit à une destination inconnue "peut-être pour les remettre à la police camerounaise" » ?

Deux hypothèses sont pour l'instant envisagées :

-    Première hypothèse : les autorités camerounaises vont décider de liquider purement et simplement les principales figures de l'entité "ennemie". C'est ce qui semble se dessiner pour l'instant. En effet, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma, connu pour faire preuve  de triomphalisme, notamment quand, pour des besoins de communication de guerre, il publie des exploits des forces de défense et de sécurité nationales qui  ne sont pas réels, a déclaré  à des journalistes de la chaine de radiotélévision privée Equinoxe que l'arrestation de Sisiku Ayuk et de ses collaborateurs était encore au stade de la rumeur. « Quand j'aurai des éléments de langage appropriés, des éléments factuels, des éléments de langage dignes d'intérêt pour la presse nationale et internationale, que je vous appellerais pour les mettre à votre disposition. J'attends moi-même avoir le factuel, c'est à dire les éléments qui attestent ou infirment». Venant d'un adepte de la mystification, une telle réaction cache certainement un plan criminel contre les sécessionnistes.

-    Deuxième hypothèse : Sous la pression internationale, le gouvernement camerounais, faisant contre mauvaise fortune bon cœur,  pourrait profiter de la présence des sécessionnistes dans ses prisons où ils ne vont pas manquer de séjourner  aussitôt qu'ils seront mis à sa disposition, pour entamer des négociations avec eux pendant que la justice fera son travail ou fera semblant de le faire. Cette dernière démarche pourrait déboucher, après quelques mois de séjour carcéral, sur une cessation des poursuites matérialisée par un élargissement pur et simple à la suite d'un décret présidentiel, comme cela avait été le cas pour les dirigeants du Consortium de la Société Civile Anglophone, libérés de cette façon à la fin du mois d'août 2017.

En attendant la suite de cette affaire qui fait prendre une tournure décisive à la fameuse crise anglophone du Cameroun,  il n'est pas superflu de rappeler qu'une solution à l'amiable de ladite crise qui secoue le Cameroun depuis 2016 est attendue par la majorité des Camerounais, les partenaires internationaux de ce pays et l'ensemble de la communauté internationale, les uns et les autres étant conscients du lourd tribut payé depuis novembre 2016, autant par les populations anglophones (plus de 1000 morts, environ 5000 arrestations et près de 50.000 déplacés dont  au moins 8.000 ont été enregistrés ces derniers mois par le Haut-commissariat aux Refugiés au Nigeria) que par les forces camerounaises (une trentaine de gendarmes, policiers et militaires morts, selon des sources officielles, et plus d'une centaines selon des sources proches des sécessionnistes).



Sans compter les dégâts matériels (marchés, écoles, collèges et lycées incendiés… ainsi que d'autres édifices publics) auxquels il faut ajouter une année scolaire 2016/2017 totalement  boycottée, une année scolaire 2017/2018 qui peine vraiment à démarrer en zone anglophone depuis la rentrée en septembre 2017, ou encore les activités commerciales qui ont gravement ralenti, tout ceci en raison de l'adhésion des anglophones au mot d'ordre de villes mortes lancé par des activistes indépendantistes comme moyen de résistance aux opérations militaires du gouvernementcamerounais.

Natondi K.



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