Angola: Isabel cible désignée d'une vendetta réformiste ou victime des errements du système dos Santos ?

Posted on March 5, 2018 19:13:28 Filed in Actualites


 

Pour en avoir été trop près de par sa illustre naissance,  et s'en être délectée sans retenue des délices, "la princesse" Isabel dos Santos est en passe de se faire cramer vive par les feux de ce monstre trompeusement fascinant qu'est le pouvoir.

Saison des règlements de comptes ou authentique opération de salubrité publique ? Difficile d'apprécier la frontière entre la purge sur fond de vendetta  au sein d'un système dont les nouveaux maîtres veulent simplement  effacer jusqu'à la moindre trace de leurs devanciers, question   d'avoir les coudées bien franches, et  une véritable intention d'implémenter une politique de réforme systémique aux allures d'aggiornamento tous azimuts.

La justice angolaise a annoncé, vendredi, avoir ouvert une enquête sur de possibles détournements de fonds de la compagnie en charge de la gestion des réserves pétrolières et gazières angolaises, Sonangol, du temps où elle était dirigée par Isabel dos Santos, la fille aînée de l'ex-président, Jose Eduardo dos Santos, limogée quelques temps seulement après le départ du pouvoir de son père.

Les investigations sur les  « transferts financiers irréguliers » à la Sonangol annoncés par le Procureur Général ont suivi de 48 heures une dénonciation faite à la presse par le successeur de Isabel dos Santos, Carlos Saturnino, lors de la présentation mercredi des résultats annuels du groupe.  « Nous avons pris nos fonctions le 16 novembre 2017 et, ce soir-là, nous avons noté que le directeur financier de Sonangol, bien qu'il n'était plus en fonction, a ordonné un transfert d'une valeur de 38 millions de dollars à une entreprise basée à Dubaï », a accusé celui dont Isabel dos Santos était une sorte de bête noire, du temps où son père tenait les rênes   du pays.

Certes, en ne s'en tenant qu'à ceci, on pourrait croire que l'ancienne patronne du pétrole angolais n'est pas particulièrement mise à l'index. Il n'en demeure pas moins que les détails du transfert à problèmes la mettent en cause, ne serait-ce que par ricochet : Ce transfert a été effectué par Banco BIC, dont elle est une des administratrices, et qui, depuis son entrée dans son actionnariat, était « devenue l'une des banques privilégiées de la Sonangol ».

On se souvient qu'à peine installée à la tête de la Sonangol, Carlos Saturnino n'avait pas mis du temps à annoncer une « enquête interne » suite à la découverte des mouvements de fonds jugés suspects de l'ordre de plusieurs dizaines de millions d'euros.

Ce que monsieur Saturnino n'a cependant pas dit mercredi, c'est si le transfert en question ordonné par le Directeur financier a effectivement été exécuté, et si oui, pourquoi il ne l'a pas empêché en sa qualité de nouveau maître des céans, étant entendu, comme il le dit par ailleurs, que le donneur d'ordre n'était plus en fonction. Ce qui relève du reste d'une extraordinaire curiosité, puisque la veille, soit le 15 novembre 2017, seule avait été limogée la PDG Isabel Dos Santos, et non tout le staff dirigeant de l'entreprise. Ce qui suppose en toute logique que le Directeur financier jouissait encore de toutes ses prérogatives, et pouvait être en train d'honorer un engagement pris par la Sonangol vis-à-vis de « l'entreprise basée à Dubai », lequel engagement n'aurait par conséquent pas à se soucier de la personne qui dirige l'entreprise.
Autrement, c'est-à-dire dans le cas où le transfert n'aurait finalement pas eu lieu, il n'y aurait pas de raison d'en faire toute une affaire.  

La roue du destin tourne-t-elle pour la famille dos Santos ?

 
Jose Eduardo dos santos. Après le beau temps, la giboulée ?

Ceci étant, il ne faudrait pas exclure qu'au-delà de l'aspect règlement de comptes que présente les noises cherchées aux proches de l'ancien président, et dont le symbole est Isabel dos Santos, l'on assiste ici à un retournement karmique de situation.
En effet, quoique les rejetons de nos têtes couronnées soient aussi des citoyens comme les autres, il est toujours indécent que leurs royaux ou présidentiels pères, en l'occurrence ceux qui gouvernent sans partage, pendant très longtemps et sont accusés de s'enrichir sur le dos de leurs peuples, au détriment de leurs Etats, leur confient trop de responsabilités ayant des rapports avec la gestion  d'importantes sommes d'argent, au risque d'exposer ceux-ci à la vindicte populaire et… "justicière" de leurs successeurs. Le cas de Karim Wade, et dans une certaine mesure ceux des enfants Mobutu et Bokassa, renseignent suffisamment à ce propos.
La pratique inconséquente du népotisme à ciel ouvert  qui consiste à regrouper toutes les structures pourvoyeuses d'argent entre les mains de la famille dirigeante donne l'impression  que les chefs d'Etats –africains notamment-, se croient si immortels ou sont si  imbus du vaniteux sentiment de leur inamovibilité qu'ils croient ne plus avoir à se soucier ni du qu'en-dira-t-on, ni de ce qu'il peut advenir de leurs proches une fois qu'ils ne seront plus aux affaires. En des termes plus prosaïques, on ne peut pas mettre des gens à la peine quand on a du pouvoir, et espérer de ces derniers, autre chose que le juste retour de manivelle quand on a perdu le pouvoir. Et quand dans le cas d'espèce on mêle ses proches à cette action, il faut s'attendre qu'ils puissent en faire les frais le moment venu, toute chose ayant une fin. Même le pouvoir.

A ce propos justement, notre confrère Michael Pauron de Jeuneafrique.com écrivait en décembre 2016 : « D'aucuns se demandent si le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA, au pouvoir) acceptera que la femme la plus riche du continent demeure à ce poste une fois son père parti. Une chasse aux dos Santos pourrait en effet avoir lieu, son frère José Filomeno étant quant à lui à la tête du fonds souverain angolais. » Une prédiction plus qu'en voie d'accomplissement !

Le cas particulier d'Isabel dos Santos
La charmante fille aînée de l'ancien président jouissait déjà du  statut plus que privilégié de femme la plus riche d'Afrique, avec un patrimoine estimé à 3,3 milliards de dollars US –selon le magazine américain Forbes-, dont une importante partie placée au Portugal, ancienne puissance coloniale de l'Angola, et non en Angola. Ce qui pose moralement problème, question venant de la part de la fille d'un nationaliste africaniste et révolutionnaire. A elle seule, elle détenait 25 % du capital de la principale compagnie de téléphonie mobile angolaise Unitel et 25% de parts de la banque BIC (4ème banque en Angola). Au Portugal, elle contrôlait environ 19 % de la banque BPI (4ème banque au Portugal) et près de 30 % de l'entreprise portugaise de télécommunications et de distribution de contenus télévisuels et cinématographiques NOS. Pour ne citer que cela.
De ce point de vue, elle faisait aussi figure de 2ème plus riche Angolais, juste derrière son présidentiel paternel dont la fortune était estimée en 2014 à 20 milliards de dollars US dans un pays dont 70% de citoyens vivent dans l'extrême pauvreté  –faisant de lui le président le plus riche d'Afrique, pour ne pas dire l'homme le plus riche d'Afrique, si l'on considère que la fortune de l'homme d'affaires Nigérian Aliko Dangote n'est estimée qu'à environ 13 milliards de dollars en 2017-

L'extrême opulence du père et de la fille (détentrice de  participations majeures dans presque tous les secteurs clés de l'économie angolaise – diamants, banques , télécoms, cinémas, supermarchés, ciment, télévision…-)  n'avait pas empêché le premier de confier à la dernière en 2016, le contrôle total de la compagnie en charge de la principale ressource qui, à elle seule, fait de l'Angola la troisième plus grande économie de l'Afrique au Sud du Sahara et le deuxième plus grand exportateur de pétrole du continent.  Et ce en totale et flagrante violation des lois angolaises qui préviennent les pratiques népotistes en interdisant aux   agents publics, dont le chef de l'État,  de nommer des membre de leurs familles.

Carlos Saturnino. Il est venu le temps de la vengeance !



Résultat des courses, quoiqu'il soit difficile de croire que cette multimilliardaire en dollars, fille d'un multimilliardaire en dollars, ait pu, malgré sa fortune, se livrer à des malversations financières à la tête de la Sonangol dont elle disait en son temps « veiller à la transparence » de la gestion et travailler à  « diminuer le coût de production et optimiser les ressources en vue d'augmenter la compétitivité internationale du secteur pétrolier angolais », il est évident que sa nomination à la direction de l'entreprise où elle se complaisait à jouer les tyrans en jupon, a prêté le flanc aux malheurs qui s'abattent aujourd'hui sur elle.
Il ne faut surtout pas oublier que c'est Isabel dos Santos, qu a chassé de la Sonangol fin 2016, son actuel successeur, Carlos Saturnino, qui, de 2003 à 2012 et de nouveau depuis 2015, en était le Directeur de la stratégique filiale Exploration et production. C'est tout dire ! Avis aux autres chefs d'Etats népotes, adeptes du "tout pour les miens, rien pour les populations".
Suivez notre regard.

Ndam Njoya Nzoméné



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