Cameroun- Remaniement : Biya feint le nettoyage de la vieille garde et installe la garde rapprochée

Posted on March 5, 2018 19:13:32 Filed in Cameroun




C'est un séisme d'une magnitude… de grande amplitude qui vient de secouer la haute administration de l'Etat camerounais dont le président Paul Biya a procédé vendredi soir à un remaniement qui est tout, sauf léger. Et ce d'autant plus que des interpellations de ministres auraient eu lieu aussitôt après l'acte présidentiel.


                             Et de quatre pour Philemon Yang, la plus grosse caution anglophone du régime

 En attendant de revenir plus en profondeur sur ce remaniement attendu depuis plusieurs mois, on peut noter le maintien à la tête du gouvernement de Philemon Yang Yundji qui y séjourne depuis le 30 juin 2009, et vient de "survivre" à un troisième remaniement (9 décembre 2011, 02 octobre 2015 et 02 mars 2018), détenant ainsi le record de longévité d'un Premier ministre camerounais depuis l'accession à l'indépendance.

Autres maintiens particulièrement signalés, ceux du ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, et de la Communication, Issa Tchiroma, dont le rôle dans la gestion de la crise anglophone est des plus controversés.


Paul Atanga Nji, anglophone, ressortissant du Nord-ouest, hérite du portefeuille de l'AT, tandis qu'une autre anglophone, Nalova Lyongha Pauline Egbe, ressortissante quand à elle du Sud-ouest, prend la tête du ministère des Enseignements Secondaires
La nomination d'un anglophone, le très zélé Paul Atanga Nji au ministère de l'Administration territoriale est également un des faits marquants de ce remaniement. c'est quasiment la première fois qu'un Camerounais de cette aire géo-culturelle dirige ce ministère de souveraineté. Discret comme un agent de renseignements, celui qui occupait il y a encore quelques heures les fonctions de ministre chargé des missions à la présidence et de Secrétaire du Conseil National de Sécurité, a aussi la sulfureuse réputation d'être un bourreau des opposants en général et de l'opposition anglophone en particulier. Sa nomination au portefeuille de l'AT laisse penser que Paul Biya a confié à un connaisseur des anglophones la mission de mater ses "frères" qu'il a toujours rudoyés selon certaines sources à chaque fois qu'il a été commis d'aller négocier avec eux pour normaliser la situation insurrectionnelle, notamment dans son Nord-ouest natal. En tout cas, si le président avait l'intention d'apaiser ses compatriotes anglophones en promouvant Atanga Nji, il semble bien qu'il ait misé sur le mauvais cheval. Sans doute trompé par les prétendus scores électoraux de cette personnalité dans la ville de Bamenda, acquis à coups de corruption et d'intimidations à en croire les mêmes sources.


Alain Edgar Mebe Ngo'o, ici en entretien avec le président  Macky Sall, en qualité d'envoyé spécial du président camerounais auprès de son homologue sénégalais
La sortie du gouvernement de Edgard Alain Mebe Ngo'o qui dirigeait le département des Transports, après avoir connu une précédente disgrâce en 2015 quand il a été dépossédé du ministère de la Défense, ressemble à s'y méprendre à un début de descente aux enfers de cet ancien sécurocrate du régime, longtemps considéré par beaucoup comme le "fils" du président, et de ce fait présumé immunisé contre la répression visant les membres du gouvernement trempés dans des affaires louches de détournements de la fortune publique (1).

Un autre désormais ex-ministre pour qui les carottes étaient cuites depuis longtemps, et qui vient de quitter les lumières est Basile Atangana Kouna. Jusqu'ici en charge de l'Eau et de l'Energie, il a été maintes fois indexé pour mauvaise gestion et enrichissement illicite, sans oublier des contrats passés avec des entités extérieures dans son seul intérêt et contre ceux du Cameroun. Mais c'est lui qui avait toujours triomphé de l'adversité, réussissant même à faire éconduire du sérail certains de ses détracteurs. Son éjection du gouvernement dont ceux-ci se réjouissent  par ailleurs, augure de lendemains sombres pour lui, à en croire certaines prédictions... hâtives.

Angouing out(!), ou la réédition du syndrome des fins de conflits MINFOPRA-DG de l'ENAM
Tout aussi cocasse est la situation du désormais ex-ministre de la Fonction Publique et de la Réforme administrative (MINFOPRA), Michel Ange Angouing qui, 72 heures avant son limogeage, avait adressé une demande d'explication au Directeur général de l'Ecole Nationale d'Administration et de Magistrature, Linus Toussaint Mendjana, que l'on dit proche de l'épouse du chef de l'Etat.
 
Dans cette demande d'explication qui semblait relancer le conflit qui oppose les deux hommes depuis octobre 2017 au sujet du concours d'entrée de cette école en charge de la formation des cadres de l'administration (administrateurs, magistrats, fonctionnaires des impôts et des douanes…), le ministre demandait à son collaborateur de lui apporter des éclaircissements sur des cas d'irrégularités constatées sur les procès verbaux  des concours d'entrée à l'ENAM au titre de l'année académique 2018/2019, tels le cas du candidat Ndjomo Millsaints-Claude de la section Affaires Sociales, décédé le 9 octobre 2017, «soit avant les épreuves orales» dont le nom figure sur les résultats définitifs des admis, et de Menye Onana Alain Michel, candidat clamant avoir composé les épreuves écrites mais   dont les procès verbaux mentionnent pourtant l'absence.
Michel Ange Angouing voulait également que le Directeur Général de l'ENAM lui explique pourquoi il était absent lors de la cérémonie de présentation des vœux au ministre de la Fonction Publique le 26 janvier 2018 et à la cérémonie de sensibilisation et d'imprégnation des lauréats de la promotion 2015/2017 le 23 février 2018.
Eh bien !, il a été appelé à prendre ses cliques et ses claques sans avoir reçu les explications souhaitées, et il se susurre à Yaoundé que sa demande d'explication est la dernière goutte d'eau qui a fait déborder le vase de la tolérance de la présidence de la République où on lui aurait demandé instamment au plus fort du conflit entre le DG de l'Enam et lui, de laisser tomber l'affaire. Autrement, de cesser d'enquiquiner son collaborateur, originaire du département de la Haute-Sanaga, comme la première dame et le tout-puissant Secrétaire Général de la Présidence, vice-dieu de la République devant l'Eternel. Vrai ou faux ? Toujours est-il que Angouing semble avoir été victime d'un syndrome non encore scientifiquement homologué, mais ayant cours au Cameroun : le syndrome de l'aboutissement des conflits entre les MINFOPRA et les DG de l'ENAM, toujours marqués par le limogeage des premiers.
Il y a quelques années, René Ze Nguele, un apparatchik du régime, plusieurs fois ministre, parfois renvoyé puis rappelé par le patron du Cameroun, se piquait de redresser les torts d'un Directeur Général de l'Enam nommé Benjamin Amama, qui à son tour lui opposera une résistance farouche à la limite de la rébellion à l'autorité ministérielle. Lors du remaniement qui devait intervenir en plein milieu de ce conflit, René Ze Nguele fut remercié. Et comble de pied de nez, il fut remplacé à la tête du ministère par son… ennemi. Quelques années plus tard, Benjamin Amama se prend d'antipathie pour la gestion de l'Enam par son successeur à la tête de la prestigieuse Ecole, Benoît Ndong Soumhet et entreprend de lui faire savoir qu'il doit se plier à sa tutelle. Lors du remaniement suivant, Benjamin Amama est viré du gouvernement, tandis que Ndong Soumhet y fait son entrée comme Secrétaire d'Etat à l'Education de Base.
Deux antécédents significatifs qui ont fait dire récemment à certains observateurs, quand a éclaté le conflit Michel Ange Angouing et Toussaint Mendjana, que le premier devait commencer à faire ses valises. Il semble qu'ils ne se sont pas trompés.

La fin des haricots pour l'omnipotent Belinga Eboutou
 
Il convient d'ajouter au nombre des grands départs, le limogeage du tout-puissant ministre Directeur du Cabinet Civil, Martin Belinga Eboutou, maladif et surtout pointé du doigt, quoiqu'il soit difficile pour l'instant de le prouver, dans de nombreux scandales de mœurs. C'était le cas il y a quelques mois, de la mort de l'évêque de Bafia, Mgr Jean-Marie Benoit Bala, « suicidé » dans les eaux du fleuve Sanaga en mai dernier après avoir été copieusement torturé. Belinga Eboutou cède sa place à l'Ambassadeur du Cameroun en France, Mvondo Ayolo Samuel.



Des divers non moins notables
Le remaniement du gouvernement du 02 mars est aussi marqué d'une part par  une permutation significative (titulaires du ministère de l'Economie et de celui  des Finances jusqu'à vendredi soir, Louis Paul Motaze –un autre "fils du président" et Alamine Ousmane Mey respectivement,  se remplacent mutuellement), et d'autre part par la création d'un ministère de la Décentralisation et du Développement local, qui semble suggérer que Paul Biya entend donner un coup de fouet au processus de décentralisation jusqu'ici coincé dans la théorie des discours politiciens,  en même temps qu'il veut faire comprendre à ceux qui revendiquent le retour à l'Etat fédéral qu'ils doivent oublier leur rêve d'une révision de la forme de l'Etat qui n'irait pas dans le sens qu'il veut.

Voici les nouveaux ministres de Paul Biya
Ministre de l'administration territorial : Atanga Nji Paul
Ministre de la décentralisation et du développement local – Elanga Obam George
Ministre de l'eau et de l'énergie : Eloundou Esssomba Gaston
Ministre de l'économie de la panification et l'aménagement du territoire : Alasmine Ousmane Mey
Ministre des enseignements secondaires : Nalova Lyongha Pauline Egbe
Ministre des finances : Motaze Louis Paul
Ministre de la fonction publique et de la réforme administrative : Joseph Lee
Ministre des Forets et de la faune : Jules Doret Ndongo
Ministre des transports : Ngale Bibeye jean Ernest Massena
Ministre Délégué auprès du ministre de l'économie de la panification et l'aménagement du territoire chargé de la planification: Tazong Ndukong Paul
Ministre délégué auprès du ministre des Finance : Yaouba Abdoulaye
Ministre Délégué auprès des Ministre des relations extérieure chargé du Commonwealth: Mbayou Félix
Ministre chargé des missions à la présidence de la république : Sadi Emmanuel ; Djongouté Joseph
Secrétaire d'Etat auprès ministre de la défense, chargé de la gendarmerie : Etoga Dallas Yves Landry
Secrétaire auprès du ministre des transports, chargé des routes : Djodom Armand
Secrétaire général Adjoint de la présidence: Eloung Paul CHE
Directeur du Cabinet civil de la présidence : Mvondo Ayolo Samuel
Directeur adjoint du cabinet civil : M. Osvalde Baboke

Selon une expression consacrée, le reste est sans changement.

(1) En juillet dernier, nos confrères de Cameroonweb.com ont publié un article faisant état de la traque du ministre camerounais des transports par la police française. On y apprenait que   le ministre camerounais des Transports était impliqué dans des transactions ténébreuses que les forces de l'ordre françaises tentaient d'élucider sur ordre du procureur, et que  la police française avait à plusieurs reprises tenté de mettre la main sur l'ancien ministre de la Défense, mais n'avait pas réussi à obtenir le feu vert de la présidence de la république camerounaise. « Des sources indiquent que, depuis quatre ans, Edgard Alain Mebe Ngo'o a été suivi par les éléments de la DGSE — le service de renseignement extérieur de la France – pour rassembler le maximum de preuves. Ils envisagent de mettre la main sur le ministre lors de sa prochaine visite en France, conforme notre source. Il est accusé de corruption et de fraude pour des faits qui datent d'une demi-décennie », concluaient nos confrères, non sans rappeler qu'un haut fonctionnaire gabonais, Maixent Accrombessi, ancien directeur du cabinet d'Ali Bongo, avait été arrêté dans une situation similaire par la police judiciaire française en 2015.

Ndam Njoya Nzoméné



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