Qui est Souad Abderrahim, première femme maire de Tunis ?

Posted on July 8, 2018 19:24:30 Filed in Actualites




53 ans, entrepreneuse et non voilée : voici le visage aux multiples facettes de Souad Abderrahim, première femme maire de Tunis.

"J'offre cette victoire à toutes les femmes de mon pays, à toute la jeunesse et à la Tunisie", a-t-elle déclarée émue à l'AFP après son élection. C'est une grande première pour la ville de Tunis, qui se voit gouvernée pour la première fois par une femme. Mère de deux enfants et gérante d'une entreprise pharmaceutique, Souad Abderrahim apparaît comme le nouveau visage d'une Tunisie qui veut se moderniser.

Comme le rapporte Le Monde, la quinquagénaire, née à Sfax, est aussi la première maire depuis 160 ans qui ne provient pas d'une famille beldyia, soit une famille tunisienne de longue descendance.

Sa marque distinctive et rebelle ressort déjà pendant sa jeunesse: selon les informations de l'AFP et du Figaro, pendant ses études en Pharmacologie à l'Uni Monastir, elle milite dans l'Union Généraliste Tunisienne des Etudiants (UGTE), et se fait même arrêter en 1985 pour avoir essayé d'intervenir dans une bagarre. Après son diplôme en 1992, elle renonce au port du voile.

Pas une novice de la politique

Avec 26 voix contre 22 pour son adversaire, elle est élue au deuxième tour et non sans difficultés, dans un vote boycotté par des membres du centre et de la gauche, contrariés à l'idée de choisir entre les têtes de liste des deux partis majoritaires. Si Souad Abderrahim se définit indépendante, elle est tout de même membre du bureau politique d'Ennahdha depuis 2017, le parti qui a remporté les élections municipales du 6 mai. Son rival, Kamel Idir, appartient au parti Nidaa Tounès, fondé par le président actuel, Béji Caîd Essebsi. Adversaires dans l'hémicycle municipal, les deux partis sont alliés au gouvernement national.


Mais Souad Abderrahim n'est pas une novice de la politique, ni une nouvelle entrée dans l'entourage du parti islamiste Ennahdha : elle avait déjà siégé de 2011 à 2014 comme membre de ce même parti à l'Assemblée Constituante de Tunisie (l'équivalent de notre Parlement), avant de se retirer de la vie politique pendant quelques années.

Des contradictions dans son discours politique ?

Revenue avec force pour les municipales, elle avait déclaré à l'AFP après la victoire d'Ennahda le 6 mai, que "Nous sommes (elle et son parti) en train de dessiner la vraie image de la femme tunisienne!". Est-elle la même femme qui en 2011 avait affirmé aux micros de la radio Monte Carlo Doualiya que "Les mères célibataires sont une infamie pour la société tunisienne" et "ne devraient pas aspirer à un cadre légal qui protège leurs droits" ?


Apparemment oui. Elle se défend à l'AFP disant d'avoir beaucoup mûri et que les propos étaient "sortis de leur contexte". Toujours est-il que cette sortie maladroite revient aujourd'hui sur les réseaux sociaux pour critiquer les contradictions de cette femme, qui déclarait à l'AFP que son score "montre une évolution dans une mentalité masculine qui jugeait la femme incapable d'assumer de grandes responsabilités".


Pour certains, l'Ennahda l'aurait même recrutée pour redorer son image : le parti, traditionnellement islamiste et à l'origine proche des Frères Musulmans, a entamé depuis 2016 un virage plus moderne, se définissant dès lors comme un "parti civil" d'orientation "musulman-démocrate". Selon L'Orient Le Jour, elle démentait ces insinuations en mai en proclamant son autonomie de pensée : "Mes idées (politiques) sont libérales et réformatrices. Mes orientations sont d'appuyer tout ce qui est en relation avec la citoyenneté, renforcer l'unité du peuple tunisien".

Un projet pour la Ville

Dans tous les cas, elle se dit prête à coopérer avec tous les partis pour le bien-être de la ville, affectée depuis des années par un problème de gestion de déchets. Misant sur la transparence elle a affirmé à l'AFP que son premier dossier sera celui de "rendre belle Tunis". Pour ce faire, elle devra donc respecter la loi en vigueur et abandonner son poste d'entrepreneuse, pour se consacrer entièrement à son rôle de "cheikh de la médina".

Comme elle, plusieurs femmes pourraient désormais devenir maires des villes tunisiennes grâce aux quotas pour la parité en politique instaurés par la nouvelle Constitution de 2014. Selon l'Instance indépendante électorale, on dénombre 47% de femmes élues, dont quasi 30% sont en tête de liste, et donc susceptibles d'accéder au poste de maire.

Lavinia Rotili (st.)



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